Tandis que son dernier film sort, l'ancien Monsieur Univers fait sa promotion dans les arrivées du Tour de France, saluant, larme à l'œil et vibratos germaniques, l'autre Terminator de l'été, Lance Armstrong. Mieux qu'un collègue sportif, un compatriote pour Schwarzie, moins Autrichien et plus Américain que jamais depuis qu'il affiche ses ambitions politiques.

Mais en attendant les tee-shirts Arnold for Governor (de Californie où il entend planter la bannière républicaine), puis les immanquables casquettes de baseball Arnold President: Terminator 3, le projet qui a atteint des sommets budgétaires (plus de 200 millions de dollars), dont un cachet, pour sa star seule, de 20 millions.

Schwarzie vaut-il vraiment 10% de ce film, troisième épisode d'un concept qui a changé sa vie en 1984, date du premier film signé James Cameron, lui assurant une crédibilité jusque-là improbable? Contre toute attente, la réponse est oui. Le sculptural quinqua apporte même énormément au résultat final. Il en est la chair, la franchise cinglante, le corps sur lequel tout se joue, l'humour et le désespoir, la fragilité et le fracas, la virilité et l'enfantillage, la pilosité aussi, sans sexualité bien sûr.

Il faudrait saluer les acteurs Claire Danes (lire ci-contre) et Nick Stahl, jeunes comédiens qui incarnent les protégés du vieux robot inoxydable. Il faudrait souligner le champ offert à Kristanna Loken, top model qui prête sa silhouette au nouvel androïde chargé de deux missions: faire oublier l'incroyable méchant en métal liquide de Terminator 2 (Robert Patrick) et attirer le public féminin, une obligation quand un tel budget est en jeu. Mais, paradoxalement, ces autres personnages n'apportent pas grand-chose en regard de toutes les fonctions endossées par Monsieur Muscles: robot de première génération envoyé du futur par les derniers résistants humains contre le soulèvement des machines, il est surtout le garant du passé (celui de la trilogie qu'il est seul à traverser de bout en bout), d'un esprit années 80 dont il a conservé l'humour au second degré, ainsi que d'une fausse sagesse goguenarde d'héritage reaganien. Autant dire une candeur si hilarante qu'il n'est pas certain que l'acteur républicain s'en soit aperçu à la lecture du scénario.

Oui, cette dimension psychologique biaisée est la qualité principale de Terminator 3. Comment? Parce que le script ne s'en embarrasse pas. Dans l'unique scène qui s'attarde à expliquer la relation conflictuelle d'un personnage avec son père, c'est encore le robot qui prend la parole. Au grand étonnement des spectateurs qui s'esclaffent et des autres personnages qui lui demandent comment il est capable d'analyser la situation: «J'ai été programmé avec le manuel du parfait petit psychologue», répond mécaniquement papy Schwarzie. Voilà la grande force de ce troisième film. Pas de ronds de jambe, peu d'entregent, mais un ton moqueur, sec, qui aboutit sur la fin du monde, rien de moins, dans un final d'une beauté étonnante. Rien à voir avec le pitoyable Hulk d'Ang Lee qui s'applique toutes les trois minutes à passer par la grille d'analyse freudienne.

Il y a fort à parier que le réalisateur Jonathan Mostow, remplaçant d'un James Cameron pourtant auteur des deux premiers Terminator mais trop occupé à sonder l'épave du Titanic, a sauvé le navire. Avant d'être choisi par la production, Mostow avait signé deux thrillers plus modestes, Breakdown (1997) et U-571 (2000), où sa manière de ramener le pyrotechnique à hauteur humaine, de préférer la peur et la sueur à la bravoure béate évoquait, même stylistiquement, le cinéma d'action des années 50 et 60. Cinéaste classique qui semble avoir échappé à l'influence du vidéo-clip, Jonathan Mostow aurait été heureux dans le giron des studios, à la grande époque des producteurs à cigare et des artisans faussement corvéables qui posaient un regard plus acéré que prévu sur les stars qu'ils étaient censés faire dorer.

Terminator 3: Le Soulèvement des machines (Terminator 3: Rise of the Machines), de Jonathan Mostow (USA 2003), avec Arnold Schwarzenegger, Nick Stahl, Kristanna Loken, Claire Danes.