Une voix de feu, un torrent de vocalises. Mais aussi une sensibilité qui ne trompe pas. Pas de doute, Christophe Dumaux se profile comme le contre-ténor du moment. Son récital, dimanche soir au Festival de Beaune, avait valeur de test. Les organisateurs de concert se l'arrachent depuis que ce jeune homme de 23 ans et demi a chanté sous la direction de René Jacobs et de William Christie.

Et pourtant, il aurait pu devenir professeur de géographie. On imagine le gâchis, s'il n'avait pas écouté sa voix intérieure. Né en 1979 dans une famille de musiciens (son père dirige le Conservatoire de Châlons-en-Champagne), Christophe Dumaux chante dès 7 ans dans une chorale d'enfants, se distingue par un timbre rayonnant qui l'amène à endosser des petits rôles. Empochant une médaille d'or au conservatoire de sa ville natale, il se perfectionne dans la classe de musique ancienne au Conservatoire National de Région de Paris, entre en 2000 au Conservatoire National Supérieur. Pour assurer ses arrières, il s'inscrit à la faculté de géographie de la Sorbonne. Mais quelques mois après, sa décision est prise: il sera chanteur. Depuis, les contrats pleuvent. Après Eustazio dans Rinaldo de Händel au Festival de Montpellier l'an dernier, il vient de décrocher un rôle au MET de New York en 2006, où il chantera Rodelinda de Händel avec Renée Fleming et Andreas Scholl. Pour l'heure, il s'offre un récital d'airs de castrats. Et tout est là: la charge dramatique, la virtuosité mais aussi la grâce.

Cette manière délicate et sublime de poser le mot «amor» dans l'air «Amor nel mio plenar» de Guido (Flavio) indique l'étoffe d'un grand. Le voici qui décline les diverses facettes de Jules César (le tempérament belliqueux, le côté rossignol en amour), qui libère des aigus limpides et ronds, qui n'hésite pas à gonfler sa poitrine pour camper la fureur de Tamerlano. Ce mélange entre une technique de falsettiste et l'usage de la pleine voix fait le charme de Christophe Dumaux, même s'il en fait presque trop, même si le passage du medium au grave manque d'homogénéité. Mais c'est ainsi qu'il l'entend («Je pense que c'est nécessaire pour les airs de bravoure»), et ses vocalises ébouriffantes font frémir le public, qui salue aussi la prestation de la violoniste Florence Malgloire et de l'ensemble Les Dominos.

Festival de Beaune. Jusqu'au 2 août, loc. 0033/380 22 97 20.