Foire

La FIAC parisienne bouscule la Frieze londonienne

Placée depuis quinze ans sous la houlette de Jennifer Flay, la foire parisienne a su restaurer et conforter son statut de salon international de premier plan. Aujourd’hui, de plus en plus de collectionneurs la préfèrent à sa grande concurrente britannique. Le point, avant l’ouverture jeudi de sa 45e édition

Elle a su faire de Paris et de quelques-uns de ses plus beaux monuments sa toile de fond. C’est l’une des singularités et l’un des atouts de la FIAC (Foire internationale d’art contemporain) si on la compare à son homologue suisse, l’incontournable Art Basel, abritée dans le parc des expositions de la ville, et à sa consœur londonienne, la Frieze Art Fair, installée dans une grande tente au cœur de Regent’s Park.

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La foire parisienne occupe cette année sept sites patrimoniaux parisiens exceptionnels: le Grand Palais qui héberge les galeries participantes, le Petit Palais et l’avenue Winston-Churchill qui accueillent une quarantaine de sculptures et installations. La FIAC Hors les murs investira, pour la première fois cette année, la place de la Concorde où un parcours d’architectures historiques et contemporaines y sera montré, le jardin des Tuileries, le Palais de la découverte, la place Vendôme et le Musée national Eugène-Delacroix à Saint-Germain-des-Prés.

Grandes enseignes de retour

Le saint des saints demeure le Grand Palais, sous les grandes verrières duquel vont s’installer, sur 9500 m2, 195 galeries. La sélection est très internationale avec 134 marchands étrangers issus de 27 pays. Les plus grands noms de la galaxie de l’art moderne et contemporain seront présents: Gagosian, Pace, White Cube, Continua, Karsten Greve, Lelong, David Zwirner. De grandes enseignes qui avaient quitté le navire sont de retour, comme Hauser & Wirth, Gmurzynska, Rodolphe Janssen et The Breeder. Le secteur design, réintroduit en 2017, sera de nouveau présent avec cinq galeries réputées, dont Laffanour, Jousse Entreprise, Downtown et Eric Philippe.

On note, au total, peu de renouvellement par rapport à l’an passé. Seules 18 galeries y exposent pour la première fois, dont la genevoise Skopia, les new-yorkaises Paul Kasmin et Half Gallery, ou encore Ben Brown Fine Arts (Londres et Hongkong). Les visiteurs fidèles à Art Basel ne seront pas dépaysés: 110 des 195 exposants se retrouvent également le long des allées de la grande foire suisse.

La FIAC – est-ce un effet Brexit? – semble en passe de devancer la Frieze Art Fair tant en termes de cote d’amour auprès des collectionneurs et des marchands que de niveau d’affaires, selon les dires de plusieurs exposants. Arne Glimcher, de la Pace Gallery, insiste sur la qualité de la clientèle parisienne composée de vrais amateurs d’art et non pas de fêtards qui composent, à ses yeux, une grande partie de la fréquentation de la Frieze. «La FIAC est passée devant», glisse de son côté Karin Handlbauer, de la Galerie Mezzanin (Genève et Vienne), qui y expose pour la seconde fois. «L’an dernier, plusieurs exposants à la FIAC m’ont dit qu’ils réalisaient leurs plus grosses transactions à Paris, et non à Londres», observe encore Jennifer Flay, la directrice de la FIAC.

Dynamisme des fondations

Après de longues années d’absence, la Galerie Gmurzynska fait son retour sur les bords de Seine. «Nous avions décidé de nous tenir à l’écart car nous trouvions la FIAC trop contemporaine. Nous sommes revenus quand nous avons vu que l’art moderne y était beaucoup mieux représenté. La FIAC a trouvé sa patte, sa personnalité. Frieze est devenue, de son côté, plus prévisible», souligne Mathias Rastorfer, qui codirige depuis 1991 la galerie installée à Zurich et à Zoug. Outre son écrin parisien, l’attractivité de la FIAC tient aussi à la dynamique créée en France par les nouvelles fondations qui se sont installées à Paris et en régions, telles Louis Vuitton, Lafayette Anticipations – Fondation d’entreprise Galeries Lafayette, ou encore Carmignac, inaugurée dans le sud du pays en juin dernier.

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Ce regain d’intérêt pour Paris s’explique également par la vitalité de la jeune scène française. On a vu émerger ces dernières années un grand nombre d’espaces indépendants et autres lieux gérés par des artistes. Il n’est pas étonnant, dans ce contexte, qu’une jeune galerie américaine, Freedman Fitzpatrick sise à Los Angeles, ait choisi d’installer une seconde antenne sur les bords de Seine.


Valeurs sûres et surprises

Les pépites et surprises ne manqueront pas à l’occasion de cette 45e édition de la FIAC. Du côté des modernes, ne manquez pas, au Grand Palais, les Max Ernst, Brancusi et Hantaï, ainsi qu’un beau Pollock qui a appartenu à Warhol, présentés sur le stand du New-Yorkais Paul Kasmin. La galerie Ben Brown a de son côté sélectionné des œuvres des années 1960 de Fontana, Klein et Tapiès. La Galerie Gmurzynska montre, quant à elle, sur son stand décoré par le designer et scénographe Alexandre de Betak, une sélection d’œuvres de Joan Miró, Otto Piene, Yves Klein, Alberto Burri et Roberto Matta, inspirées de la thématique du feu.

Applicat-Prazan (Paris) présente une douzaine de peintures historiques repérées, au début des années 1950, par Michel Tapié, homme-orchestre qui fut critique d’art, musicien, peintre, sculpteur, organisateur d’expositions et théoricien de l’art. Parmi elles, une œuvre d’Otto Wols de 1946-1947, une composition (Limbe) de Georges Mathieu, une Tête d’otage de 1944 de Jean Fautrier et un Karel Appel de 1952, L’enfant au cheval de bois – les prix s’échelonnent de 100 000 à 3,5 millions d’euros. Le Minotaure (Paris) a choisi un grand relief de Jean Arp de 1926 (800 000 euros).

Du côté de la scène émergente, faites étape sur le stand de la galerie Gaudel de Stampa (Paris), qui met en avant des paysages abstraits du Suisse Emil M. Klein, ainsi que des Sea Paintings de Jessica Warboys (de 5000 à 20 000 euros). Plusieurs galeristes ont choisi de faire dialoguer deux artistes, comme Joseph Allen Shea, qui confronte des œuvres de Daniel Turner (né en 1983) avec des pièces énigmatiques de Maurice Blaussyld (né en 1960). A noter aussi une vingtaine d’expositions personnelles, dont une consacrée au peintre américain expressionniste Robert Colescott, sur le stand de Blum & Poe, et une autre à Krishna Reddy (galerie Experimenter), un sculpteur et graveur indien décédé cet été à l’âge de 93 ans, et qui fut le disciple du philosophe Jiddu Krishnamurti.


Foire internationale d’art contemporain (FIAC), du 18 au 21 octobre, Grand Palais, Paris.

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