Football

FIFA, récit d’une folle journée zurichoise

Un palace bouclé, des employés sous le choc, et l’immense solitude d’un porte-parole: quelques heures dans la tourmente de la FIFA

Les grandes rédactions américaines étaient averties des arrestations qui ont eu lieu ce mercredi à Zurich.

Mardi soir, le procureur de Brooklyn les informe, sous embargo, que de hauts responsables de la FIFA seront appréhendés à leur réveil dans l’hôtel Baur au Lac de Zurich.

Des correspondants du New York Times font le guet dès l’aurore, dans le hall du palace, à quelques mètres du lac de Zurich. Ils voient arriver peu après 6h une équipe d’hommes en jeans, des agents en civil de la police cantonale zurichoise, qui demandent à la réception des clés de chambres. Ils reviennent avec des responsables de la FIFA et les emmènent en voiture «dans le calme», rapporte le journaliste Michael S. Schmid.

«Le concierge est bombardé d’appels et les employés sont sous le choc», ajoute-t-il. A 7h déjà, les portes du palace sont fermées aux médias. Les caméras s’entassent de l’autre côté de la route, dans l’attente d’un événement, mais l’arrestation est bel et bien finie. Il se murmure déjà que Sepp Blatter n’en fait pas partie.

Le siège pris d’assaut

A près de cinq kilomètres de là, sur les hauteurs boisées du Zürichberg, le siège de la FIFA est pris d’assaut. Une conférence de presse vient d’être annoncée pour 11h. Le bâtiment principal est encore fermé mais une centaine de journalistes venus des quatre coins du monde pour l’ouverture du congrès annuel trépignent déjà sur la terrasse et dans le hall du mediacenter. Les spéculations vont bon train. «Je pense que Sepp Blatter s’en sortira encore une fois. Il sera réélu», pronostique le correspondant sportif pour l’Europe du Washington Post.

A 11h, les quelque 130 journalistes prennent place dans la salle du congrès de la FIFA, en attendant l’arrivée de Walter de Gregorio. Le chef de la communication affrontera seul la presse, sans son président. La FIFA «ignorait totalement» ce qui allait se passer à 6h ce mercredi matin. «Je dormais encore», glisse Walter de Gregorio.

«Sepp Blatter et le secrétaire général ne sont pas concernés par cette procédure», souligne rapidement l’ancien journaliste, qui dirige la communication de la FIFA depuis 2011. Le congrès de vendredi n’a aucun lien non plus avec ces procédures, affirme-t-il. «Le Congrès et l’élection auront donc naturellement lieu vendredi.»

Et de marteler la bonne volonté de la Fédération qui «a initié, elle-même, ce processus en contactant le Ministère public en novembre.» «This is good for FIFA…», répète-t-il au cours de la conférence. «C’est une bonne journée, nous sommes sur le bon chemin.» «Nous coopérons totalement avec le Ministère public. Nous lui donnons toutes les informations nécessaires. C’est de notre plus haut intérêt que toute la lumière soit faite sur ces agissements.»

Pas question non plus de remettre en doute l’attribution de la Coupe du monde 2018 à la Russie et 2022 au Qatar, malgré la procédure du MPC: «Nous ne faisons pas de spéculations.»

La conférence sera brève, à peine 30 minutes, mais plus de la moitié des questions posées cibleront Sepp Blatter. «Comment le président peut-il encore rester à la tête de la FIFA avec autant de scandales?» répéteront plusieurs journalistes. Le chef de la communication ne déroge pas de la ligne officielle: «Sepp Blatter n’est pas concerné. Si les membres l’élisent vendredi, il sera à nouveau président.»

«Sepp Blatter ne danse pas dans son bureau»

Le porte-parole affirme même que le président est détendu. «Détendu?! » interroge avec provocation un autre journaliste. «Il ne danse pas dans son bureau», rectifie Walter de Gregorio. «Mais il a confiance.»

Aucune information ne sera donnée sur les responsables appréhendés… A part qu’ils ne sont pas suspendus et qu’ils pourront voter s’ils sont libres vendredi.

Sepp Blatter tiendra-t-il malgré ce nouveau scandale? Les journalistes les plus spécialisés n’osent pas donner de pronostics. «On espère que cette affaire aura un impact. Mais c’est dur à dire», glisse Sam Borden, du New York Times.

«Le camp d’Ali n’a jamais eu une aussi bonne occasion. S’il n’en profite pas ce vendredi et qu’il ne remporte pas l’élection, c’est qu’il ne pourra jamais la gagner», estime quant à lui Richard Conway, de la BBC.

En fin de journée heure suisse, commence la conférence de presse de la justice américaine. Dans une salle surbondée, nous signale notre correspondant Stéphane Bussard. La tempête, à nouveau.

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