Droits humains

Le FIFDH lance un appel à la résistance à Genève

Face aux assauts répétés contre les droits de l’homme à travers le monde, le festival, qui démarre le 8 mars prochain, réaffirme l’importance de l’engagement collectif et individuel

«Ce n’est pas le moment d’abandonner.» La 17e édition du Festival du film et forum international sur les droits humains (FIFDH), qui se tiendra du 8 au 17 mars à Genève, résonne de cette note à la fois grave et encourageante. Dans un «monde qui semble avoir perdu sa boussole», le FIFDH se veut plus que jamais un «festival de résistance», selon les mots de sa directrice générale, Isabelle Gattiker.

De quoi redoubler d’efforts. Avec 47 films, 200 événements, 300 invités et un budget en augmentation (+10%, soit 2 millions de francs), le programme s’annonce, cette année encore, riche et éclectique. «A travers ses films coups-de-poing, ses débats et événements qui multiplient les expertises et les points de vue, le FIFDH veut montrer que les droits humains ne sont pas juste bons pour les autres», souligne Yves Daccord, directeur général du CICR et membre du conseil de fondation du FIFDH.

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Femmes à l’honneur

Fidèle à son ADN, le panel des films sélectionnés rend hommage à ceux qui résistent, à ces défenseurs des droits de l’homme en danger, persécutés, harcelés, torturés en Syrie, en République démocratique du Congo ou encore en Chine. La moitié de ces films ont été réalisés par des femmes. Un point d’honneur symboliquement incarné par la date du 8 mars et la projection d’On Her Shoulders, consacré à Nadia Murad, jeune yézidie lauréate du Prix Nobel de la paix en 2018. Un débat suivra, en présence de la haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, la Chilienne Michelle Bachelet, et de trois militantes libyenne, ukrainienne et irakienne.

Du Nord au Sud, la programmation décortique, questionne les paradoxes et recueille des bribes de vies brisées puis reconstruites, jamais vaincues. Still Recording propose notamment une plongée dans la Ghouta orientale (en Syrie), aux côtés de deux cameramen qui risquent leur vie pour garder une trace des combats. Le Suisse Nicolas Wadimoff scrute le travail de mémoire des habitants de Cisjordanie suite à la disparition d’une statue antique dans L’Apollon de Gaza. Los Silencios, une fiction tournée dans la jungle colombienne, campe un drame familial sur fond d’exploitation pétrolière. Le festival fait également la part belle aux films suisses dont Opération Papyrus, consacré au quotidien des travailleurs clandestins à Genève.

En marge des projections, le FIFDH propose de nombreux événements, conférences, lectures ou débats, dont plusieurs sont animés par Le Temps (lire ci-dessous), mais aussi un hackathon et une exposition urbaine du photographe Bruno Boudjelal.

«Moment d’action»

S’informer, prendre part au débat, mais aussi s’engager: tel est l’objectif du FIFDH. «Au-delà du visionnage d’un film, le festival doit être un moment d’action», estime Manon Schick, directrice générale d’Amnesty International Suisse. «Tout au long de ces dix jours, nous proposerons des outils d’engagement concrets», ajoute Caroline Abu Sa’da, nouvelle responsable éditoriale.

Genève, «capitale des droits de l’homme» et tribune volontiers utilisée par les militants, n’est pas épargnée par les pressions des Etats. L’actualité récente autour du Prix Martin Ennals et ses retentissements, notamment en Chine et en Arabie saoudite, l’ont prouvé. Le FIFDH est-il libre de récompenser des voix discordantes? «Absolument, affirme Isabelle Gattiker. Nous avons la chance de travailler dans une indépendance éditoriale absolue, sans aucune pression de la part de l’Etat ou de nos partenaires. Certains gouvernements étrangers nous écrivent parfois des lettres de protestation, mais jamais plus.» L’an dernier, la tournée du FIFDH a arpenté 45 pays; deux étapes ont toutefois dû être annulées: la Chine et l’Arabie saoudite.

Elargir les publics

Afin de toucher un public aussi large que possible, le FIFDH s’engage cette année à sortir de ses murs. En plus du programme pédagogique dont bénéficieront quelque 3000 élèves, des projections auront lieu au centre de requérants d’asile des Tattes, mais aussi à la prison de la Brenaz et de Champ-Dollon, en présence de l’ancienne conseillère fédérale Ruth Dreifuss.

Pour départager les pépites, le jury documentaire sera présidé par la romancière française Leïla Slimani, celui de la fiction par la productrice et activiste américaine Pat Mitchell. Une quantité d’invités parmi lesquels les écrivains Roberto Saviano et Laurent Gaudé, l’acteur Forest Whitaker, engagé pour la paix au Soudan du Sud; l’artiste Ai Weiwei et les réalisateurs Rithy Panh, Petra Costa et Amos Gitaï sont aussi attendus tout au long des dix jours.


Les rendez-vous du «Temps» au FIFDH

Partenaire du FIFDH, Le Temps anime une série d’événements et de tables rondes autour des droits de l’homme, mais aussi de l’écologie, du patrimoine ou encore du numérique.

Pourquoi les femmes journalistes sont-elles davantage concernées par le cyberharcèlement? Le 9 mars, une conférence tentera d’esquisser des éléments de réponse, en présence de la journaliste d’Arte Nadia Daam, directement visée par le phénomène. Numérique toujours, mais progrès cette fois avec un hackathon qui se déroulera le 11 mars autour du libre accès à l’information sur internet, en partenariat avec Open Geneva et l’Université de Genève. Le président de la Free Software Foundation, Richard Stallman, y abordera l’enjeu crucial du partage.

La culture, victime de guerre

Transition écologique et droits humains: deux combats à mener en parallèle? La question sera débattue lors d’une table ronde le 10 mars, en compagnie du fondateur du FIFDH, Leo Kaneman, et de représentants du Mouvement pour la transition. L’occasion de prendre le pouls de la récente mobilisation des jeunes en faveur du climat.

En marge de la projection de Dick Marty, un cri pour la justice, une rencontre aura lieu le 14 mars en présence du protagoniste du film, ancien procureur général du Tessin, et du cinéaste Fulvio Bernasconi.

Comment protéger le patrimoine culturel lors des conflits armés? La question fera l’objet d’un débat le 16 mars avec plusieurs invités, parmi lesquels le directeur général du CICR, Yves Daccord, et le conseiller administratif Rémy Pagani.


Informations et billetterie sur le site du FIFDH.

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