Avec Marvel, quand c’est fini il y en a encore! Sorti en avril, Avengers: Endgame marquait la fin de partie (ou «phase III de l’Infinity Saga»). On pensait qu’après la défaite de Thanos, les super-héros survivants goûteraient une retraite méritée. Mais le Mal est increvable et il a la Terre pour cible.

Spider-Man: Far From Home commence par un grand moment d’émotion: Whitney Houston chante I Will Always Love You tandis que s’affichent les portraits de Tony Stark et d’autres super-héros tombés au champ d’honneur lors de l’Armageddon d’Endgame. La planète panse ses plaies: suite à une intervention dans le passé, la moitié volatilisée de l’humanité est réapparue après cinq ans d’absence et cette «Déviation» («Blip», en VO) a modifié à jamais la réalité du monde.

L’école prépare un voyage de bac en Europe. Peter Parker (Tom Holland), qui monte un plan romantique pour déclarer sa flamme à MJ (Zendaya) sur la tour Eiffel, n’emporte même pas son costume de Spider-Man. A peine les kids sont-ils montés sur une gondole qu’un titan H2O émerge du Grand Canal pour boxer les édifices de la Sérénissime. Peter contre-attaque, corsète de toile d’araignée les campaniles fracturés. Un super-héros inconnu l’aide à fracasser l’intrus. Il porte un bocal à poissons rouges en guise de masque et projette de grandes décharges d’énergie verdâtre: c’est Quentin Beck, alias Mysterio (Jake Gyllenhaal, excellent), redresseur de torts issu d’une Terre parallèle.

Haute voltige

Le charme de Spider-Man tient à sa dualité: adolescent timide et justicier invulnérable, il tremble devant MJ et tatane les vilains sans frémir. La première partie du film joue sur cette ambivalence, ainsi que sur le dilemme cornélien de l’amour et du devoir, dans une succession de scènes cocasses, relevées de pointes satiriques sur la niaiserie pubère et la balourdise professorale. Comme Fantômette, Peter doit cacher son identité secrète et aller à l’école. Comme Iron Man (Iron Man 3) avant lui, il se retrouve piégé en territoire inconnu, désarmé. Far From Home est un récit d’apprentissage: le jeune Parker doit s’aguerrir, décider s’il accepte de succéder à Tony Stark/Iron Man, son mentor, son père spirituel dont il a hérité les lunettes intelligentes.

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Ce film déterminé par la perte et le deuil ouvre un gouffre de faux-semblants: les masques tombent, Mysterio est un maître des réalités virtuelles, les enjeux sont à double fond, les identités basculent, les certitudes se dérobent – et on perd un peu le fil de l’histoire.

Tout ayant été détruit aux Etats-Unis, l’action se déroule entre Venise, Prague et Londres. Les dégâts collatéraux sont énormes. Comme la plupart des produits Marvel, le plaisir ressenti dans la première partie, quand les personnages prennent leurs positions, s’atténue lors de la seconde, traditionnellement dévolue à de monumentales batailles. Spider-Man exécute un numéro de haute voltige au-dessus de Tower Bridge parmi une invincible armada de drones, éjacule des kilomètres de soie, tombe, brûle, rebondit et nous épuise.


Spider-Man: Far From Home, de Jon Watts (Etats-Unis, 2019), avec Tom Holland, Jake Gyllenhaal, Jon Favreau, Samuel L. Jackson, Zendaya, Marisa Tomei, Jacob Batalon, 2h09.