D'un côté il y a l'éclat des couleurs, de l'autre le noir. D'un côté l'exaltation, de l'autre l'effacement. La galerie genevoise AP-4 art expose jusqu'à la fin de l'année les travaux de deux artistes de la nouvelle Europe de l'Est. Celle du surgissement soudain, depuis dix à quinze ans, de la publicité et des marques. Mais les travaux de la Tchèque Swetlana Heger et de la Polonaise Agnieszka Brzezanska ne répondent pas de la même façon à ce monde de tentations colorées.

La photographie grand format de Swetlana Heger affiche la manière franche et enthousiaste. Elle montre la jeune femme, majestueuse sur son cheval. La cavalière et sa monture sont habillées d'un patchwork de couleurs vives. L'image fait référence tant à la chevalerie médiévale qu'aux courses de chevaux contemporaines. Mais la maison dont ce duo défend les couleurs est en fait une célèbre marque sportive dont on reconnaît très vite ici et là les fameuses trois bandes. Les chiffres aussi sont ceux qui ornent les tee-shirts et autres vêtements de jogging recousus pour entrer dans une composition vestimentaire des plus chatoyantes.

Cette Tchèque installée à Berlin pratique ce qu'elle appelle le brand art. Elle ne travaille pas sur les marques, mais bel et bien avec elles. Dans d'autres travaux, on peut la voir par exemple dans une composition sculpturale, moulée dans un collant – de marque bien sûr – avec le siège sur lequel elle est assise. Ou encore en amazone sur un vélo dont la selle a été remplacée par une selle de cheval, pour une prestigieuse marque de maroquinerie. Elle cherche aussi à collaborer avec une banque. Mais au-delà du service qu'elle pourra offrir à telle ou telle entreprise, c'est bien à définir – et à promouvoir – son propre parcours d'artiste que Swetlana Heger travaille. A la manière d'Andy Warhol peignant des boîtes de soupe.

Quant à Agnieszka Brzezanska, elle expose une simple série de pages de mode, grossièrement arrachées dans des magazines, et noircies à grands coups de feutre noir. Parce que les coups de feutre reprennent malgré tout les lignes de l'image, l'effacement n'est pas complet. On voit, d'autant mieux qu'on les scrute, les silhouettes des mannequins, fantomatiques, les noms des marques, ou encore cette citation de Warhol – encore lui – légendant une publicité pour des jeans qui demande pourquoi tout le monde a si belle allure maintenant. Le travail tient donc autant de la fascination que de la négation.

Swetlana Heger et Agnieszka Brzezanska. Galerie AP-4 art (rue du Tir 1, Genève, rens. 022/321 67 41). Me-ve 14-19het sa 11-17h, jusqu'au 30 décembre.