Sur le plan de la quantité, le cinéma européen ne peut pas se plaindre. Il ne s'est même jamais aussi bien porté. Le nombre des productions du Vieux Continent a en effet fortement progressé en 1996. Il atteint le chiffre de 669 pour les quinze pays de l'Union européenne, soit 144 de plus qu'en 1990, selon un rapport publié lundi par Eurostat, l'Office statistique européen. Les Etats-Unis, eux, ont produit 421 films à la même période.

La France vient en tête du peloton européen avec 134 films, dont 74 réalisations purement nationales. Suivent la Grande-Bretagne avec 128 films, l'Italie avec 99, l'Espagne 91 et l'Allemagne 64. Parallèlement, les salles de cinéma connaissent aussi un regain de popularité. Entre 1990 et 1996, les entrées ont augmenté de 18% dans l'Union européenne, passant à 702 millions de tickets vendus. Les Irlandais sont les plus assidus, avec 3,2 entrées en moyenne par an par habitant en 1996. La moyenne européenne se situait, cette année-là, à 1,9 entrée pour 100 habitants contre 1,6 entrée en 1990.

Mais hausse du nombre de productions et augmentation de la fréquentation des salles ne signifie pas que l'Europe gagne du terrain sur le marché dominé par les Américains. La balance commerciale des programmes audiovisuels (comprenant le cinéma et la télévision) entre l'Union européene et l'Amérique du Nord est même de plus en plus déficitaire, selon l'Observatoire européen de l'audiovisuel. De 11% en 1995, il a atteint 18% l'année suivante, soit 5,6 milliards de dollars. En 1997, il a encore augmenté de 9%… Et les prévisions ne sont pas bonnes: Titanic rencontre un tel succès que la «croissance va être freinée», selon André Lange, de l'Observatoire. «Nous pourrions revenir à la situation de 1993, lorsque les USA se taillaient la part du lion sur le marché européen.»