19h00: ouverture prometteuse

L’affaire fait débat depuis l’arrivée, il y a quatre ans, de Nicolas Bideau à la tête de la Section cinéma de l’Office fédéral de la culture: ce Prix du cinéma suisse, qui existait depuis 1998, retransmis à contrecoeur par les chaînes de télévision, méritait une refonte glamour. Enjeu: rendre le cinéma suisse attractif auprès du grand public et lui donner le goût de la fête. Après moult polémiques et tergiversations, Monsieur Cinéma est, grâce à la mise en scène de SF DRS, peut-être arrivé au bout de ses peines. C’est du moins la première impression que suscitent les Quartz 2009.

Sorti des Journées de Soleure, son port d’attache depuis une décennie, le Prix du cinéma suisse a pris possession samedi soir du KKL, le Centre de congrès et de culture de Lucerne. Et le tapis rouge, autant que les paillettes impressionnent. «C’est Lucerne, pas Soleure», rigole un critique alémanique. Il se comprend.

Et lorsque l’ouverture, devant l’aéropage majoritairement enpapillonné, laisse l’Orchestre symphonique de Lucerne dérouler l’ouverture de Guillaume Tell, un frisson encore inconnu du cinéma suisse, plus habitué au pull en laine de lama, parcourt les travées.

19h10 Il était une fois dans l’Ouest

Frisson bis: l’Orchestre symphonique de Lucerne joue le thème d’Ennio Morricone pour le film de Sergio Leone. Et de rêver, en trouvant l’idée émouvante, au temps futur où le même ensemble jouera la musique d’un film suisse. Preuve que tout est encore à construire.

19h15: Meilleur court métrage d’animation: «Tôt ou tard» de Jadwiga Kowalska.

La cinéaste est très émue: «Hallo und Merci vielmal». Ce sera tout. L’orchestre offre une mélodie à chaque gagnant. Pour elle, ce sera le thème de la Panthère rose. Pas de panthère, mais un écureuil et une chauve-souris, dans le film de cette Bernoise née en 1982, d’origine polonaise, et issue de la HSLU (Hochschule Luzern, Design & Kunst).

19h30: Meilleur court métrage: «Un día y nada» de Lorenz Merz

Produit par la Zürcher Hochschule der Künste, le réalisateur raconte comment, au milieu de nulle part et sous un soleil de plomb, des enfants, un jeune homme et deux. 21 minutes de cinéma en noir et blanc pour ce jeune zurichois né en 1981. Photographe et designer de formation, il signe là un cinquième film primé du Pardino d’argento lors du dernier festival de Locarno.

19h35: Meilleure musique: Marcel Vaid pour «Zara» d’Ayten Mutlu Saray.

Marcel Vaid est né en 1967 et travaille comme musicien et compositeur indépendant pour le cinéma et le théâtre. Il a suivi des études de guitare à l’Académie pour la musique contemporaine à Zurich. Il est également membre du groupe «Superterz». Il avait déjà été récompensé pour le film «Joshua» d’Andreas Müller lors du festival «Premiers Plans» d’Angers.

19h42: Meilleur scénario: «Home» de Ursula Meier et Antoine Jaccoud.

Première consécration de la soirée pour le film de fiction qui avait été nominé aux Césars la semaine dernière. Enfin, Ursula Meier peut monter sur une scène, émue, et se faire acclamer par le milieu du cinéma.

Ursula Meier: «L’écriture n’a pas été simple. Il fallait déjouer le récit. J’ai eu un partenaire formidable, mon psy de l’écriture, Antoine Jaccoud.» Jaccoud: «Je remercie tous les Français, les Belges, les Bulgares, les Suisses qui ont donné vie à ce film. La ténacité d’Ursula surtout. Ma femme m’a demandé de ne pas remercier Ursula pour les centaines d’heures de téléphone consacrées à la scène 55 ou 32.»

Ursula Meier, cinéaste franco-suisse née en 1971 à Besançon, a fait ses études de réalisation Cinéma-Télévision à l’IAD (Institut des Arts de Diffusion à Louvain-la-Neuve), en Belgique, entre 1990 et 1994. «Home» est son deuxième long métrage après le téléfilm «Des Epaules solides».

Ancien critique de cinéma (L’Hebdo), Antoine Jaccoud est né à Lausanne en 1957. Licencié en sciences politiques, il s’est formé à l’écriture dramatique auprès du cinéaste polonais Krysztof Kieslowski et du pédagogue tchèque émigré aux USA Frank Daniel. En tant que scénariste, il a été associé ces dernières années à l’écriture d’un nombre incalculable de films suisses de fiction ou documentaires, dont «La Bonne conduite» de Jean-Stéphane Bron, «Azzurro» de Denis Rabaglia ou encore «Luftbusiness» de Dominique de Rivaz.

19h57: Meilleur espoir d’interprétation: Kacey Mottet Klein, 10 ans, dans «Home» de Ursula Meier.

Ovation pour le petit Vaudois Kacey. Déjà pro puisqu’il incarnera Serge Gainsbourg enfant dans la biographie du chanteur-compositeur que le bédéaste Johan Sfar est en train de tourner: «Merci beaucoup. Je vais féliciter déjà le jury, c’est normal... J’ai hâte de rentrer à la maison avec cette statuette... Je vais pas continuer parce que sinon je n’en aurai pas pour une minute, mais pour une heure et demie.»

20h04: Meilleure interprétation féminine: Céline Bolomey, dans «Du Bruit dans la tête» de Vincent Pluss.

«Merci à tous. Je suis hypercontente d’être récompensée pour un film qui me tient tant à coeur. Merci à tous ceux qui m’ont supportée durant les 33 dernières années. Et à tous les créateurs: ne nous faisons pas happer par le chantage au nombre d’entrées. Continuons d’attiser notre regard sensible sur le monde». Beaucoup d’émotion.

Céline Bolomey, qui était en concurrence avec Natacha Koutchoumov (épatante dans «Un Autre Homme» de Lionel Baier), est née en 1975 à Lausanne. Diplômée de l’INSAS à Bruxelles en section jeu, elle travaille depuis 1997 en Belgique, en Suisse et en France. Au théâtre, elle a notamment joué sous la direction de Galin Stoev, Omar Porras, Brigitte Jaques, Denis Maillefer, Michel Bogen, Eric Salama, Gianni Schneider ou encore Enrique Diaz. Au cinéma, elle est apparue dans plusieurs longs métrages suisses dont «On dirait le Sud» de Vincent Pluss (Prix du Cinéma Suisse 2003).

20h12: Meilleur interprétation masculine: Dominique Jann, dans «Luftbusiness» de Dominique de Rivaz.

«Merci beaucoup. Merci à Dominique de Rivaz et à Antoine Jaccoud.» Merci ... les profs, les enfants, l’épouse. Né en 1977 à Saint Gall, Dominique Jann a grandi à Zimmerwald dans le canton de Berne. Diplômé en 2004 à l a HMT (Hochschule für Musik und Theater de à Zurich), le comédien a participé à plusieurs films dont «Tag am Meer» de Moritz Gerber (2008), «Snow White» de Samir (2005) ou encore «Strähl» de Manuel Hendry (2003).

20h23: Prix spécial du jury pour le documentaire «Giu le Mani» de Danilo Catti.

Absent de Lucerne, le cinéaste a commencé à filmer il y a un an exactement, le 7 mars 2008, ce qu’il est advenu lorsque la direction des chemins de fers suisses a annoncé la privatisation de la maintenance des wagons marchandises et la délocalisation de l’entretien des locomotives. 430 ouvriers des usines CFF Cargo de Bellinzone étaient alors entrés en grève. Le bras de fer avait duré trente jours.

Né à Lugano en 1955, Danilo Catti a obtenu, en 1982, son diplôme de réalisation de l’INSAS (Institut National Supérieur des Arts du Spectacle) Bruxelles. Il a travaillé comme assistant réalisateur avec, entre autres, André Delvaux, Marion Hänsel, Jaco Van Dormael et les frères Dardenne. Depuis 1991, il signe des courts métrages de fiction et de documentaires, essentiellement pour la TSI.

20h33: Meilleur documentaire: «No More Smoke Signals», de Fanny Bräuning.

Grand favori, Fernand Melgar hésitait, vendredi encore, à se rendre à Lucerne: il trouvait inconvenant de participer à la cérémonie alors que l’un des principaux protagonistes de son documentaire La Forteresse est actuellement en prison en Suisse, avec la menace d’’etre expulsé. Le cinéaste a finalement fait le déplacement, en vain. Comme à Soleure où elle lui a soufflé le Prix de Soleure, c’est Fanny Bräuning qui l’emporte, avec son portrait d’une station de radio indienne du Dakota du Sud. Et la jeune Bâloise, fair-play, salue La Forteresse. L’Orchestre lui dédie une version jazzy de l’hymne national.

Née à Bâle en 1975, Fanny Bräuning a été formée à la HGKZ (Hochschule für Gestaltung und Kunst Zürich) Film and Video Department. No More Smoke Signals est son troisième film.

20h40: Meilleur film de fiction: «Home» de Ursula Meier.

Encore un prix pour «Home», vedette de la soirée! Pascal Couchepin est appelé sur scène pour remettre le prix. Il commente la soirée: « Les responsables du cinéma ont osé quelque chose de neuf, et tout le monde a le sentiment que c’est réussi. Le cinéma suisse est un cinéma vivant. Il faut souhaiter qu’il ait aussi des spectateurs! Merci à Nicolas Bideau qui a essuyé quelques critiques pour avoir fait ce pas, merci aussi à la SSR que je ne qualifierai pas de télévision d’Etat». Légère confusion dans la transition, après l’intervention de Pascal Couchepin: musique ou extrait de film? «Le désordre s’installe dans ce pays!» dit le conseiller fédéral qui s’emmêle dans ses fiches.

Suspense: c’est «Home» qui sort vainqueur. Ursula Meier remonte sur scène, dans sa petite robe noire, avec une partie de son équipe: «je suis très très émue et très touchée, je remercie le jury et l’académie. «Home», c’était un vrai pari. Je remercie tous les fous, tous les dingues qui m’ont suivi dans cette aventure... Notamment les techniciens, qu’on oublie souvent. J’aimerais dédier ce prix à mon ami Luc Yersin, mon ingénieur du son qui est décédé juste après le tournage. Ce film est la preuve qu’on peut continuer à faire un cinéma exigeant qui ne se moque pas du public.»

La conclusion du jeune Kacey Mottet Klein, 10 ans, meilleur espoir d’interprétation: «Finalement, je serai pas pilote de la REGA. Avec ce prix, je change d’avis: je vais devenir comédien!»