Cannes

Le film suisse «Ma Vie de Courgette» enthousiasme la Croisette

Claude Barras représente la Suisse à Cannes avec un merveilleux film d’animation en volume consacré à un gosse

Les deux projections publiques de Ma Vie de Courgette se sont conclues par des standing ovations de plus de dix minutes. La productrice Pauline Gygax et le réalisateur Claude Barras sont encore ébranlés par cette déferlantes d’amour couronnant sept ans de travail. «C’est un moment précieux», dit-elle. «On se regardait avec Céline (Sciamma, la scénariste), on n’en revenait pas de voir que le film provoquait de telles émotions».

Courgette, c’est un petit gars qui a de grands yeux tristes dans une bouille ronde, le pif rouge, le cheveu bleu et les oreilles décollées. Il n’a pas trop de chance. Son papa est parti avec une poule et sa maman n’est pas commode. Elle siffle des canettes devant la télé, elle met des roustes à son petiot. Elle tombe de l’escalier qui mène au galetas et Courgette se retrouve dans un foyer avec quelques autres gosses cabossés en voie de reconstruction.

Sans famille

Enfant, Claude Barras (Banquise, Le Génie de la Boîte de raviolis, Sainte-Barbe, Chambre 89) a été touché par des histoires d’orphelins comme Les 400 Coups, Sans Famille ou Bambi. Aujourd’hui, il paie son tribut à ces lointaines émotions en adaptant en stop-motion Autobiographie d’une Courgette, un roman de Gilles Paris.

En chiffres, Ma Vie de Courgette c’est une soixantaine de décors, 54 marionnettes dans trois déclinaisons de costumes, quinze plateaux de tournage, huit mois à tourner trois secondes de film par jour et par animateur pour arriver à un métrage de 70 minutes. Mais la puissance de cette œuvre délicate ne se réduit pas à des chiffres. La stylisation des décors et des personnages touche à la perfection. La physionomie élémentaire de Courgette, de ses copains Simon, Ahmed, Jujube et les autres facilite l’identification. Ils sont tous très attachants. Un sparadrap sur le front, une cicatrice dissimulée sous une mèche de cheveux suffisent à évooquer d’anciens drames sans recourir aux mots.

Sacre et sucre

Quand la plupart des films d’animations contemporains visent la décérébration des jeunes spectateur à travers un rythme effréné, les auteurs de Courgette font le pari de la lenteur, prenant même le temps de s’écarter du récit pour montrer un oiseau qui fait son nid. La «réalité décalée» qu’ils mettent en scène fait appel à l’intelligence du cœur.

Courgette a célébré son sacre cannois sur la plage. En guise de carton, les invités recevaient un masque du petit gars à tif bleu. Sous le masque, tout le monde a le sourire, d’Ivo Kummer, chef de la Section cinéma de l’Office fédéral de la culture, à Adèle Haenel, la comédienne qu’on va bientôt découvrir dans La Fille inconnue des frères Dardenne. Comme le film est «avant tout un hommage à tous les enfants maltraités», des tables couvertes de sucrerie et une souffleuse de barbe à papa bordent le dancefloor. La nuit est complètement Courgette.

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