Genre: Blu-ray
Qui ? Wes Craven et consorts
Titre: Freddy – L’intégrale
A Nightmare on Elm Street
Chez qui ? Metropolitan

Là, ce n’est plus vraiment de l’assassinat considéré comme un des beaux-arts, selon la notion de Thomas de Quincey. C’est plutôt le meurtre comme jeu de piste, et de codes, qui fait dérouler de curieuses décennies du cinéma d’épouvante. La sortie il y a quelque temps d’un coffret Blu-ray immortalisant les films du croque-mitaine Freddy Krueger clôt un cycle d’édition sur support numérique; les sagas antérieures, Halloween puis Vendredi 13, ont eu droit à leurs galettes – encore que, dans le cas des derniers Halloween, les éditions s’épuisent ou ne sont proposées qu’en français.

Le genre, dit de slasher, des films où l’on taillade les chairs (to slash) constitue une drôle de lignée cinématographique. Le sacerdoce du chroniqueur DVD n’ayant pas de limite, on a, pour les besoins de la cause, (re)vu l’ensemble des deux collections citées, puis les Freddy. Disons-le, la qualité n’est pas toujours au rendez-vous. La veine des Vendredi 13, en particulier, alignait les nanars. Elle avait pour elle sa cohérence; les trois premiers films se suivaient, avec une reprise presque exacte de la fin de la précédente histoire au début de la suivante. Le quatrième chapitre offrait même en préambule un quasi-florilège des meilleures occisions à la mode de Jason. Les concepteurs semblaient fonctionner à la manière d’une série TV – il y en a eu une, d’ailleurs –, mais avec la lourdeur du dispositif du long métrage.

La famille Halloween démarrait sur un caractère un peu plus foutraque, puisque, après une suite directe à la première Nuit des masques de John Carpenter en 1978, le troisième volet n’avait aucun rapport avec l’histoire de Michael Myers et ses hantises sexuelles le conduisant à liquider son prochain. Marquant le retour de l’acteur Donald Pleasence, les fournées numéros quatre et cinq (cette dernière étant due au Suisse Dominique Othenin-Girard) retrouvaient le principe de base, non sans quelques qualités. Montré naguère à Locarno, le volet de 1998, dit H20 pour les 20 ans du mythe, avait aussi sa part de scènes savoureuses, notamment pour la coriace Jamie Lee Curtis, interprète de la sœur du psychopathe. Même s’il y a eu encore un volet, la boucle était bouclée.

Entre-temps, en 1984, Wes Craven avait lancé Les Griffes de la nuit, dont certaines scènes demeurent mémorables. En introduisant l’onirisme comme moteur de la fiction, car les agressions ont lieu en dormant, il ouvrait une piste qui occupera six suites, plutôt paresseuses et particulièrement répétitives. Les films se voient surtout comme le déroulé d’une décennie de films de lycée, avec coiffures en choucroute pour certaines filles et crêtes mollassonnes pour des garçons. Au reste, comme souvent chez Wes Craven, la galerie de découvertes en matière d’acteurs impressionne. Entre autres, Johnny Depp, Patricia Arquette et Laurence Fishburne côtoient des figures connues du grand et du petit écran d’alors, telles que, dans le troisième chapitre, Craig Wasson, le voyeur de Body Double trois ans plus tôt. Un genre se consolide au travers de ses codes, tout en jouant avec les habitudes du public. Pour les réalisateurs, la dimension fantastique ajoutait une possibilité d’ouverture visuelle, de décors pseudo-gothiques et de labyrinthes cauchemardesques, dont ils ne se sont pas privés.

A l’automne dernier, la parution de Scream 4, dans une jolie édition agrémentée d’un commentaire de l’auteur et son équipe, offrait presque une conclusion à ces trois grosses décennies de tueries rituelles. Dès le premier Scream, Wes Craven, toujours lui, opérait un virage postmoderne en posant ses protagonistes comme des experts ès films d’épouvante, malaxant cette culture du frisson lentement sédimentée.

Ecrit par le fidèle Kevin Williamson, l’opus 4 pousse le petit jeu encore un peu plus loin. Pourtant, la veine n’est pas tarie et elle s’internationalise: ces dernières années, chaque édition du Festival du film fantastique de Neuchâtel, qui commence ce week-end (lire ci-contre), apportait son lot de slashers venus de Scandinavie ou d’Asie. Le tueur à lames demeure increvable.

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Les règles de survie du slasher énoncées dans «Scream»

1. Ne pas s’adonner aux joies du sexe 2. Ne pas boire ni se droguer 3. Ne jamais dire «Je reviens» ou «Il y a quelqu’un?»