L’état de festival permanent dans lequel se trouve plongé le citoyen genevois en ce mois de novembre a déjà dépassé les limites de capacité du spectateur le plus aguerri? Qu’à cela ne tienne, revoici dès aujourd’hui Filmar en América Latina: 99 longs-métrages de fiction (deux tiers) et documentaires (un tiers) sur deux semaines pour un tour d’horizon de la production annuelle de tout ce continent, de la Terre de Feu au Rio Grande. Avec heureusement plusieurs projections pour chaque film et même quelques-unes au-delà du bout du lac, histoire d’en faire profiter ceux qui sont moins bien servis, en Suisse romande et en France voisine.

Il faut dire que l’année a été particulièrement faste pour le cinéma latino-américain, qui a sans doute raflé plus de prix dans les grands festivals que jamais dans son histoire: Grand Prix du jury («El Club» du Chilien Pablo Larrain), meilleur scénario («El boton de nacar» du Chilien Patricio Guzman) et Prix Alfred Bauer («Ixcanul – le volcan» du Guatémaltèque Jayro Bustamante) à Berlin; Prix du scénario («Chronic» du Mexicain Michel Franco) à Cannes; Lion d’or («Desde allà» du Vénézuélien Lorenzo Vigas) et meilleur réalisateur («El Clan» de l’Argentin Pablo Trapero) à Venise. Et ce, rien que pour les Compétitions officielles! Car la moisson est tout aussi riche dans les sections parallèles, à commencer par la Caméra d’or, le très convoité prix du meilleur premier film de Cannes, à «La Tierra y la sombra» du Colombien César Augusto Acevedo.

Un art toujours conquérant

Signe d’une nouvelle tendance lourde? Il est encore trop tôt pour l’affirmer, et le phénomène du «film de festival», trop calibré pour y réussir, invite à relativiser. Mais Filmar en tient justement compte, en montrant l’essentiel de ces films primés entourés d’une sélection «maison» qui comporte aussi bien des produits plus populaires que des films d’auteur passés entre les mailles du filet. C’est ainsi que la directrice artistique Sara Cereghetti s’avance jusqu’à créer une section avec ses propres «Coups de cœur», avec un prix du public à la clé.

Le plus frappant paraît toutefois la généralisation du renouveau parti d’Argentine et du Mexique au tournant des années 2000 pour atteindre aujourd’hui les pays les plus reculés (Venezuela Costa Rica, Guatemala), à la faveur de coproductions internationales. Pour le reste, la réorganisation du programme par «boîtes» thématiques plutôt que par pays, mais toujours sans vraie compétition (tant mieux), devrait préserver l’esprit bon enfant de ce festival pas tout à fait comme les autres.


17e festival Filmar en América Latina, du 13 au 29 novembre. Cinémas du Grütli et Bio, Genève, et autres lieux. Rens.: www.filmaramlat.ch