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Filmer en Afrique le sens de la musique

Le 1er août, les prodiges du rap genevois et la meilleure fanfare du Bénin se rencontraient à Cotonou. Pour raconter cette histoire, «Le Temps» a décidé de réaliser sa première mini-série documentaire, en quatre épisodes

Sur le flanc de Di-Meh, rappeur des Pâquis aux racines maghrébines, il y a tatouée la silhouette du continent africain: «C’est le respect aux darons.» Depuis près de deux ans, Le Temps vous raconte l’incendiaire conquête d’un collectif de rappeurs genevois et du label qui les soutient, Colors Records.

A travers les concerts de la SuperWak Clique, au fil des rencontres avec les artistes Makala, Slimka ou Di-Meh, on a fini par comprendre qu’il existe dans cet attelage une force sans précédent sur notre territoire, une capacité à exporter la créativité helvétique et à redéfinir les frontières du hip-hop. Alors, quand on a appris qu’ils partaient en août dernier à Cotonou pour rencontrer l’époustouflant Gangbé Brass Band, on a décidé de prendre l’avion nous aussi.

Nos portraits de la SuperWak Clique:

Di-Meh, battre le rap pendant qu’il est chaud

Slimka, le rappeur genevois sans merci

Colors, le label qui repeint le rap suisse

C’est une première pour tous. Eric Linder, lanceur de ponts et codirecteur d’Antigel, qui découvre se réaliser sous ses yeux un mariage dont il avait seulement rêvé: «L’année dernière, j’avais organisé à Genève la fête nationale en invitant des artistes du Bénin, cet autre pays qui se célèbre chaque 1er août. Quand on a réussi à organiser le match retour à Cotonou, j’ai immédiatement pensé à nos rappeurs.»

C’est une première aussi pour Slimka, Di-Meh et le producteur Pink Flamingo qui, tous, ont des parents africains mais n’ont pour la plupart jamais mis le pied en Afrique noire. Et c’est une première enfin pour Le Temps, qui explore de nouvelles formes, une série de vidéos qui approche le documentaire; parce que chaque histoire exige sa propre forme de narration.

Enfants de migrants pour la plupart

Le tournage débute en juillet au Paléo Festival de Nyon – il s’agit aussi de montrer à ceux qui ne connaîtraient pas nos rappeurs et leur XTRM Tour à quel point leur public est vaste et leurs concerts des tornades. Ils sont prophètes chez eux et atterrissent quelques jours plus tard sur une terre où l’essentiel de leurs repères s’effondre. Au-delà de la musique qui transpire du récit, au-delà de ces moments de bravoure où Pink Flamingo se dresse pour chanter dans l’oreille de chaque cuivre une partition spontanée, cette série questionne aussi les identités, la capacité à penser ensemble l’ici et l’ailleurs.

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«L’essentiel de nos artistes vient des banlieues de Genève, ils sont enfants de migrants», explique Oumar Touré, l’un des fondateurs du label Colors. «C’était aussi pour nous un enjeu de ce périple: reconnecter des cultures qui partagent leur ADN.» Face au Gangbé Brass Band, un orchestre vieux de presque vingt-cinq ans et qui a déjà plusieurs fois traversé le monde, l’idée était d’élaborer un langage commun. «Au début, on se demandait si on allait pouvoir communiquer», explique le tromboniste Marital Ahouandjinou. Ce qui m’a rassuré, c’est quand Pink s’est mis à chanter les parties. Nous aussi on apprend en chantant.»

Le 1er août à Cotonou, sur une place qui ressemblait à un terrain vague, malgré les difficultés techniques et devant une délégation d’officiels assis, la musique née de la SuperWak Clique et du Gangbé Brass Band relevait autant des festins afrobeats de Fela Kuti que de l’orchestre spatial de Sun Ra. Une bacchanale urbaine. La mini-série documentaire en quatre épisodes, intitulée Rap suisse, piste africaine, coréalisée par notre journaliste vidéo Simon Gabioud, est le récit d’une épopée créative dont aucune des parties ne s’est encore remise.


SuperWak Clique en concert dans le cadre du Festival Antigel, le jeudi 21 février 2019 au Grand Central Pont-Rouge, Carouge, 22h. Infos et billetterie sur le site du festival dès le 11 décembre.

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