La question du devenir des films n’est pas nouvelle, mais elle s’est accentuée il y a une quinzaine d’années avec le basculement vers le numérique, la structuration du marché du film de patrimoine et la volonté tant politique que culturelle de restaurer et digitaliser le patrimoine cinématographique. Les droits se cèdent et ont souvent des échéances. Qui dit échéance, dit renouvellement. Et donc oubli. Et donc perte.

Où sont les négatifs? A qui appartiennent les droits? Que sont devenues les sociétés de production et de distribution historiques? Frédéric Maire, directeur de la Cinémathèque, résume notre «problème suisse»: il n’y a presque pas d’industrie. «La seule société pouvant se targuer d’une longue histoire et d’un véritable catalogue de distribution et de droits, c’est Praesens-Film à Zurich. Ce sont les seuls. Pour le reste, à part quelques sociétés fondées dans les années 1970 et 1980 qui existent toujours grâce à leurs fondateurs, ce sont de petites sociétés qui ont produit quelques films, souvent créées par des cinéastes ou des collectifs, dont beaucoup ont disparu. Ils étaient devenus producteurs pour leur propre travail, pour aider les autres, et n’avaient pas un souci industriel ou de catalogue.»