La crise sanitaire perdure à l’échelle du globe, nous plongeant de fait dans un scénario familier des fictions apocalyptiques. Comme pour conjurer le mal, célébrons chaque semaine de l’été la catastrophe, genre prisé du cinéma et de la littérature

La catastrophe est le début de tout. Dans son passionnant ouvrage de vulgarisation La Terre, une planète pas comme les autres, l’astrophysicien américain S. Ichtiaque Rasool parle du big bang – sans le nommer ainsi – comme d’un «événement catastrophique». Cette explosion d’une supernova, ou cette collision avec une galaxie, qui a «perturbé le nuage protosolaire» et permis l’organisation originelle de la matière à travers ses tourbillons, a bien une nature de cataclysme.

La catastrophe, c’est aussi la fin. Le Robert historique indique que le mot accole «strophe», une évolution, au préfixe «cata», lequel évoque à la fois une réponse et un mouvement vers le bas – au reste, ce qui marque «cataclysme». Pendant des siècles, raconte le Robert, «catastrophe» était employé comme synonyme de fin, par exemple d’un événement. «Le dénouement souvent sanglant des tragédies l’infléchit négativement en «événement fâcheux» renforcé en «funeste et malheureux», vers la fin du XVIIIe, ajoute le dictionnaire.

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La tragédie a façonné le sens du mot

Piquant destin du terme, qui doit son horrible caractère contemporain aux déchirures de Shakespeare et consorts. Et voici qu’il y a quelques décennies la catastrophe s’instaure en genre, surtout au cinéma. Alors que sévit toujours la crise sanitaire mondiale, c’est de cette production de films accablants que nous nous régalerons cet été, par un souhait de dépaysement dans les mésaventures ou à titre d’allègre diversion.

Le premier ancêtre

On parle sans équivoque de films catastrophes, mais le genre est aussi littéraire. Si on ne catégorise pas vraiment une veine du roman catastrophe, elle est présente dès les débuts de la science-fiction. En 1910, le majestueux La Mort de la Terre, de J.-H. Rosny Aîné, raconte qu’en ce futur-là la planète, épuisée, s’assèche toujours plus, au point que les rares humains envisagent la fin de l’espèce. Cette courte fiction relève de l’anticipation pessimiste, mais elle a quelques ressorts de l’accablement propre au genre catastrophe.

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Le premier frémissement japonais

Le désastre naturel ou humain comme matière à fiction s’impose en fait quelques décennies plus tard, durant ces drôles d’années 1970, pattes d’ef et crise pétrolière. En littérature, un brillant roman de 1973 pose presque tous les fondamentaux de ces histoires de tôle et de continents froissés. Publié en français dans une mythique collection argentée d’Albin Michel (réédité depuis par Picquier), La Submersion du Japon, de Sakyo Komatsu, raconte la multiplication de raz-de-marée et de tremblements de terre due à une activité accrue de la fosse du Japon. Au point que l’existence du pays se trouve mise en cause.

Echelle croissante des signes avant-coureurs, palette de personnages plus ou moins concernés par le drame au début, dialogue des savants et des politiques, personnage du scientifique aux thèses maximalistes qui est banni par sa communauté: Sakyo Komatsu a fourni une bonne partie de la boîte à outils du catastrophisme littéraire et cinématographique.

Et le genre éclôt

Quelques mois auparavant est sorti Airport, film à suspense adapté du roman d’Arthur Hailey de 1968. On est loin du stress tellurique nippon. Ici, il est question d’une tempête de neige qui paralyse un aéroport, et d’un gueux suicidaire qui compte faire sauter son avion. Quelles que soient ces différences, le mouvement est donné: le récit du pire – même si cela s’arrange à la fin, en principe –, ça passionne. Le genre aura des hauts et des bas, mais durant ces dernières années, il a fait preuve d’une certaine vigueur. La catastrophe, c’est maintenant.