Personne ne sera surpris d’apprendre que le bilan de l’année cinéma 2020 n’est pas bon. La pandémie aura en effet obligé les salles obscures à baisser le rideau entre le 16 mars et le 6 juin, avant une deuxième fermeture qui court depuis le début du mois de novembre. «Presque tous les indicateurs de la branche cinématographique suisse ont reculé très fortement en 2020 par rapport à l’année précédente», résume un rapport dévoilé ce mardi par l’Office fédéral de la statistique (OFS), à l’heure où aucun assouplissement n’est prévu avant le 14 avril.

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Si le nombre des projections a reculé de 49% lors de l’année écoulée, la fréquentation a, elle, baissé de 65%. La faute à une offre restreinte, mais aussi à une belle saison estivale qui a vu une population semi-confinée profiter de loisirs extérieurs. Au total, 283 nouveaux films ont été montrés dans les salles suisses. Le recul le plus net concerne les productions américaines (-56%, pour un total de 56 films); il est moins marqué pour les films indigènes (-28%, 51 films). Au total, on observe une diminution des sorties de 43%. Car tandis que la plupart des grands studios attendent des jours meilleurs et retiennent leurs longs métrages à haute valeur commerciale ajoutée, les têtes de gondole du cinéma d’auteur international hésitent à partir à l’assaut du public sans la vitrine des grands festivals, en tête celui de Cannes.

Succès pour «Les Enfants du Platzspitz»

En 2020, les cinémas suisses ont vendu 4,3 millions de tickets, pour des recettes se montant à 67 millions de francs – contre respectivement 12,5 millions d’entrées et 193 millions de francs lors de l’exercice 2019. Le recul du nombre d’entrées est plus marqué en Suisse romande et en Suisse italienne (-70%) qu’en Suisse alémanique (-62%). Sur le front des productions helvétiques, bonne surprise avec Les Enfants du Platzspitz, du Fribourgeois Pierre Monnard, qui a attiré plus de 330 000 spectateurs et spectatrices. Las, une exploitation peu avant la première fermeture en Suisse alémanique, et pendant l’été en Suisse romande, aura freiné son score au box-office. Dans le monde d’avant, ce bouleversant drame familial sur fond de scène ouverte zurichoise de la drogue aurait pu devenir un des plus gros succès de l’histoire du cinéma suisse.

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Interrogé par l’Agence télégraphique suisse, Pierre Monnard se dit préoccupé par l’avenir des salles: «Les exploitants sont très touchés. Les habitudes des spectateurs, qui étaient déjà en train de changer, ont certainement pris un coup d’accélérateur pendant cette pandémie. J’espère que les gens seront très contents de retourner au cinéma, mais il y aura néanmoins un avant et un après.» Mais pour l’heure, même si Edna Epelbaum, présidente de l’Association cinématographique suisse, avoue craindre que des cinémas ne restent définitivement fermés, leur nombre n’a que peu diminué. Seules quatre salles ont cessé leurs activités l’an dernier. Dans le même temps, note l’OFS, la consommation de VOD (vidéo à la demande) a augmenté, avec désormais 36% d’utilisateurs. Chez les moins de 30 ans, cette percée est plus marquée: ils sont dorénavant 57% à louer ou acheter des films en ligne.