Une séquence d'anthologie, reprise dans toutes les histoires du cinéma, vaudra l'immortalité à Janet Leigh: la fameuse scène de la douche de Psychose. Choquante la première fois, terrifiante de virtuosité toutes les suivantes. L'a-t-on analysée tant de fois, plan par plan, pour percer à jour l'art de Hitchcock ou pour espérer en voir plus de sa plastique de rêve? Tout l'héritage de l'actrice, l'un des derniers produits de l'âge d'or hollywoodien et objets de culte d'une cinéphilie originelle, réside de fait dans ce paradoxe: une personnalité attachante sur un corps de «bimbo».

Le couple idéal avec Tony Curtis

Dans les gazettes people de l'époque, son parcours tenait du conte de fées. Née Jeanette Helen Morrison le 6 juillet 1927 à Merced, Californie, elle est la fille unique d'un couple nomade. Solitaire, studieuse et passionnée de cinéma, la jeune fille est repérée dans une station de ski par Norma Shearer, star historique de la MGM. Un bout d'essai plus tard, la jolie blonde devient la vedette de The Romance of Rosy Ridge (Roy Rowland, 1947). En 1951, elle épouse Tony Curtis, un jeune acteur qui monte, rencontré deux ans plus tôt sur un court métrage signé Jerry Lewis. Avec six films et deux filles, Kelly et Jamie Lee, ils formeront le «couple idéal» des années 1950. Pour couronner le tout, Psychose lui vaut une nomination à l'Oscar.

Mais la réalité est moins rose. Déjà mariée deux fois (une première fois illégalement à 14 ans), elle se trouve tôt cantonnée dans des rôles de blonde ingénue, sans autre relief que ses courbes avantageuses. Brave fille dans les drames (Les Quatre filles du docteur March) et les comédies (Ma sœur est du tonnerre), décorative dans les films d'action (Scaramouche, Prince Valiant), elle rencontre heureusement sur sa route quelques auteurs qui perçoivent la femme volontaire sous le stéréotype. Anthony Mann la durcit en coupant ses cheveux pour le western L'Appât, Josef von Sternberg révèle son ironie dans Jet Pilot, puis Richard Fleischer et Orson Welles la soumettent à des premiers assauts de sadisme dans Les Vikings et La Soif du mal. Alors qu'elle triomphe en tant que victime ultime d'Alfred Hitchcock, son mariage craque déjà, victime des infidélités répétées de Curtis. Le divorce est prononcé en 1962, date à laquelle Janet Leigh épouse l'homme d'affaires Robert Brandt.

Dans les années 1960, sa carrière fléchit malgré quelques sursauts (The Manchurian Candidate de John Frankenheimer, Harper de Jack Smight, Trois sur un sofa de Jerry Lewis) pour s'éteindre à la télévision la quarantaine venue. Ce n'est qu'en tant que mère de Jamie Lee Curtis qu'elle refera deux apparitions dans The Fog (John Carpenter, 1980) et Halloween H20 (Steve Miner, 1998). Si elle en a conçu quelque amertume, elle l'aura vaillamment caché avant de mourir à son domicile de Beverly Hills, âgée de 77 ans, des suites de problèmes cardio-vasculaires.