«Stayin’ Alive…» Tous les danseurs des années 1970 et 80 se souviennent des inimitables stridences de ce «fausset unique», dit El País. Après Whitney Houston il y a trois mois et Donna Summer il y a quatre jours, la musique disco est à nouveau en deuil avec la disparition, dimanche à Londres, de ce chanteur anglais qui était LA voix des Bee Gees: Robin Gibb. Soit l’un des trois frères fondateurs de ce groupe mythique mondialement acclamé pour la bande originale sur laquelle se trémoussa John Travolta en 1977 – et bien d’autres après lui! – dans La Fièvre du samedi soir (Saturday Night Fever). Il avait 62 ans.

Né en 1949 sur l’île de Man d’un père batteur et musicien, une demi-heure avant son frère jumeau Maurice – lui aussi décédé, il y a neuf ans, «un dimanche sans fièvre», avait alors écrit Le Temps – Robin Gibb a succombé à un cancer compliqué d’une pneumonie, selon les informations données sur son site web. A la base, c’était un problème héréditaire de malformation intestinale, précise L’Express. L’homme était «tombé douze jours dans le coma suite à une pneumonie», pouvait-on lire il y a quatre jours déjà sur le site belge 7 sur 7. Alors, il était «à nouveau conscient, mais […] toujours dans un piteux état. Selon Canoë, Robin Gibb [avait] subi une trachéotomie et ne [pouvait] plus parler, […] contraint de communiquer via ses paupières, en clignant des yeux pour s’exprimer».

Ces derniers mois, il n’était, physiquement, plus que l’ombre de lui-même, avec son visage horriblement émacié derrière ses petites lunettes bleues, comme on peut le voir dans la vidéo diffusée par Le Parisien où il propose – entre autres documents – une version déchirante du classique «Massachusetts», acclamée comme il se doit par un public resté fidèle depuis le viral succès de la fin des années 1970 quand les principaux titres de Saturday Night Fever, le film de John Badham, s’étaient mis à tourner en boucle et reboucle sur les radios. Mais surtout dans les discothèques de toute la galaxie, faisant bien naïvement croire en l’aura de Travolta à toute une génération de jeunes dragueurs avec cette histoire que Le Monde qualifie comme celle «d’un jeune homme qui s’éclate le samedi soir dans des boîtes miteuses de Brooklyn et va se faire connaître par ses pas de danse». Difficile, donc, d’oublier ces airs entêtés entrés dans la mémoire collective: outre «Stayin’ Alive», «How Deep Is Your Love», «Night Fever», «You Should Be Dancing», etc. etc. De quoi aligner simultanément – un record absolu – cinq titres dans le Top Ten.

Les Bee Gees ont vendu plus de 200 millions d’albums. Repérés par le producteur Robert Stigwood, ils n’étaient pas à l’origine «les chauffeurs de boîtes de nuit qu’ils vont devenir dans les années 1970, explique le site Slate.fr. Au contraire, au milieu des années 1960, alors que l’Angleterre est le centre gravitationnel de la pop, les Bee Gees marcheront dans les pas des Beatles, carrière que retrace très bien le New York Times avec beaucoup de sons, sinon inédits du moins oubliés, en liens hypertexte. Mais sic transit gloria mundi: après le succès de La Fièvre, «la carrière des Bee Gees ne pouvait que stagner. Il faut dire qu’ils ont tellement été associés au disco que la mort du style dans les années 1980 leur a été un peu fatale. Robin est devenu producteur, notamment de Barbra Streisand. Le groupe, lui, a vivoté et a continué à jouer et enregistrer, jusqu’à la mort de Maurice.» On avait d’ailleurs encore entendu Robin en récital sur une scène en février dernier, écrit le Guardian, qui lui consacre un hommage très complet.

Si le Bild allemand arrive à peine à croire à cette nouvelle en alignant les points d’exclamation, le Blick zurichois précise, lui, qu’il «est mort dans les bras de sa femme» et les internautes du Matin lausannois écrivent: «Merci Robin pour ma jeunesse»; «Jour de pluie et de tristesse, ça me rappelle les années 80, j’ai encore un CD dans une jolie boîte métallique, j’adorais les frères Gibb. Paix à son âme»; Robin Gibb était le plus talentueux des frères Gibb même si ses frères Barry et Andy, grâce à leur physique plus avantageux, ont davantage capté l’attention du grand public. Les trois frères (Bee Gees) incarnaient l’harmonie vocale parfaite et peu de groupes ont connu un tel succès planétaire. La mort de Maurice avait scellé la fin d’un groupe mythique. Celle de Robin signe la fin d’une époque. RIP.»