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Le parfum des épices occupe une place privilégiée dans le roman de Sofia Andrukhovych.
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Livres

La fin épicée de l’Empire austro-hongrois

Une relation de domination ambiguë et sensuelle sur fond d’«Autriche heureuse»

A Stanislaviv, la bourgeoisie vit au rythme des fêtes et des bals. On est au tournant du siècle dernier et personne n'imagine encore la fin proche de l’Empire austro-hongrois ni que la ville s’appellera un jour Ivano-Frankivsk, en Ukraine. L’anniversaire de l’empereur François-Joseph Ier est l’occasion de grandes festivités, lui qui a, selon Le Courrier de Stanislaviv, «compris l’âme» des citoyens polonais annexés par la double monarchie. La diversité des populations, des langues, des religions de l’Empire a été largement thématisée dans la littérature, souvent de manière idyllique. Ou ironique, comme dans le chef-d’œuvre de Robert Musil, L’Homme sans qualités. Felix Austria, de Sofia Andrukhovych se déroule dans cette Autriche «heureuse» et multiculturelle mais la romancière ne s’attarde pas sur cet aspect.

Domination maîtresse-esclave

Le vrai sujet de son roman est l’histoire d’une domination maîtresse-esclave non avouée entre deux femmes qui ont échappé, toutes petites, à l’incendie dans lequel sont morts la mère de l’une et les parents de l’autre. Le docteur Anger a décidé d’élever la petite Stefa, l’enfant des serviteurs, avec sa propre fille. Il a même développé une affection particulière pour cette gamine râblée, décidée, énergique, aux vigoureux cheveux noirs. En grandissant, la blonde et évanescente Adèle se révèle une manipulatrice tyrannique. Son mari Petro, un sculpteur de tombeaux ruthène, vit très mal l’espèce de mariage à trois qui lui est imposé. Entre lui et Stefa se joue une guerre larvée. La jeune femme subit les caprices d’Adèle, qui entretient avec elle un lien fusionnel mais lui fait subir à chaque instant leur différence de classe.

Sensualité olfactive

Un magicien inquiétant, une enfant trouvée, des amours difficiles, les atermoiements d’un curé trop compatissant, des trahisons agitent le récit. Stefa est une figure intéressante, bouillonnante de colères rentrées, de culpabilités farouches, de hontes enfouies. Sa maîtresse se révèle – au moins dans le regard de la servante – parfaitement perverse. Mais peut-être y a-t-il une autre lecture possible? Ce qui retient, dans ce premier roman, qui a connu un grand succès et devrait être adapté au cinéma aux Etats-Unis, c’est la sensualité. Elle émane du parfum des épices, des effluves de la cuisine de Stefa, de la chevelure d’Adèle, pareille à la crème chantilly sur les gâteaux. Une riche odeur de fin de siècle, de fin d’époque.


Sofia Andrukhovych, «Felix Austria», traduit de l’ukrainien par Iryna Dmytrychyn, Noir sur Blanc, 256 p.

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