Trois amis. Qui, au début, célèbrent leur retour à la nature, un week-end dans un gîte rural de montagne pour se ressourcer. Et, à la fin, se font avaler par l’apocalypse climatique. Entre deux, plusieurs pistes explorées qui marquent la déroute de notre société. Avec La Grieta, entre animales salvajes, web série en 2013 avant d’être un spectacle, la compagnie Remiendo Teatro a bousculé le public espagnol en montrant à quelle sauce on sera tous mangés en 2050.

Au Théâtre Pitoëff, ces jours, Camille Giacobino présente une version beaucoup plus déjantée de ce thriller écologiste et futuriste signé Gracia Morales et Juan Alberto Salvatierra. Montés sur des platform boots rose bonbon et cintrés dans des costumes pailletés, Camille Figuereo, Frédéric Polier et Etienne Fague composent un trio de fêlés plutôt rigolo, mais qui peine à retenir l’attention au fil de la représentation. «Je n’ai pas eu envie de désigner des coupables ou de donner des leçons, explique la metteuse en scène à l’issue du spectacle. Je pense qu’on est tous perdus aujourd’hui et j’ai voulu restituer ce trouble général.» Légitime, son choix débouche sur une proposition manquant de définition et de tension.

Teletubbies décérébrés

Un joyeux charivari. C’est ainsi que débute Salvaje à voir jusqu’à ce dimanche. Lucie, Thomas et Nico arrivent en fanfare dans un gîte de montagne et redécouvrent la forêt, les fourmis, les escargots, faune et flore disparues en 2050. Ils s’émerveillent, poussent des «ah» et des «oh» et dansent leur joie comme des Teletubbies décérébrés.

Le visage peint en vert et le téléphone intégré dans l’oreille, les trois potes vêtus comme des drag-queens vont être ensuite confrontés à leur propre sauvagerie, avec, chaque fois, un scénario catastrophe suivi d’une réplique plus douce, comme une seconde chance. Destruction massive du gîte «parce que le lieu est assuré», accident de fusil meurtrier, orgie de viande, bêtes sauvages qui menacent au-dehors ou encore mystérieuse fissure: à chaque situation, le trio montre son incapacité à se solidariser et à trouver une issue constructive, métaphore évidente de notre actuel échec mondial à répondre au défi climatique.

Evolutions loufoques

Mardi, malgré la canicule, les comédiens n’ont pas économisé leur énergie. Danse du pet ou danse de la langue, reconnexion tribale aux forces telluriques ou combat contre la fissure, Camille Figuereo, Frédéric Polier et Etienne Fague lancent avec bravoure leur corps dans la bataille et enchaînent les évolutions loufoques sans faiblir. C’est drôle pour commencer, mais, assez vite, cette frénésie dont on peine à comprendre le sens et la nécessité, fatigue. Dans la salle, le public clairsemé joue de l’éventail pour survivre. Cette fournaise extrême est plus dramatique que le spectacle.


Salvaje, Théâtre Pitoëff, Genève, jusqu’au 26 juin.