Bienvenue en 2012, l’année dont on ne sortira pas vivant, si l’on souscrit aux interprétations funestes d’un ancien calendrier maya. Certes, la prophétie prête à sourire (selon un sondage réalisé par le tabloïd chrétien Quart d’heure pour l’essentiel, seul 1% des Suisses croit que la fin du monde tombera le 21 décembre 2012), mais elle taraude suffisamment les esprits pour titiller les décideurs hollywoodiens et accrocher un bémol aux jours.

Le 21 décembre 2012, date de la fin du monde, succède à d’autres menaces d’anéantissement. Ces dernières années, on a redouté le grand alignement planétaire, le 7 juillet 1999 (annoncé par saint Paco Rabanne comme le Jour ultime), l’an 2000 et son bug, le trou noir ouvert par le collisionneur du CERN… Et, dès le 22 décembre 2012, il faudra affronter de nouvelles menaces: l’astéroïde censé percuter la Terre en 2036, la fusion de l’homme et de la machine (estimation: 2045), la bombe à antimatière. Sans oublier, inéluctable, l’extinction du Soleil dans cinq milliards d’années…

Certes, l’époque ne prête pas vraiment à l’insouciance. A la morosité qu’engendre la crise économique s’ajoutent de légitimes inquiétudes. Aux côtés de la Guerre, de La Peste, de la Famine et de la Mort, les quatre Cavaliers de l’Apocalypse de l’imagerie médiévale, galopent désormais d’autres spectres: le Réchauffement climatique, l’Epuisement des ressources pétrolières et halieutiques, la Déforestation, la Crise alimentaire, la Surpopulation, la Disparition des abeilles…

Mais la fin du monde est relative. Au plus sombre de l’anéantissement subsiste une touche d’espérance. La littérature post-apocalyptique ménage toujours un narrateur, ne serait-ce que pour perpétuer par le verbe la grandeur de la civilisation humaine. Par ailleurs, c’est dans la difficulté que l’être humain trouve les ressources pour se dépasser.

Cette dernière édition de la dernière année complète du Samedi Culturel surfe sur le tsunami promis par les amis mayas et s’amuse à réfléchir sur la volupté du malheur.

Pourquoi a-t-on besoin de se projeter dans le no future et quelles utopies peuvent susciter les menaces? Marc Atallah, directeur de la Maison d’Ailleurs, avance des hypothèses anthropologiques passionnantes.

Des artistes (Cosey, Noyau, Wazem) repeignent la fin des temps dans d’autres couleurs que le noir, des écrivains (Eugène, Francis Valéry, Pierre De Grandi) puisent à l’encre du Dernier Jour des lumières apaisantes.

«On arrête tout, on réfléchit, et c’est pas triste», proclamait un film utopique déjà ancien, L’An 01 (1973). C’est tout le mal qu’on souhaite à la planète Terre.

Bonne année, et rendez-vous le 22 décembre pour boire un verre à la santé de l’avenir.

Mais la fin du monde est relative. Au plus sombre de l’anéantissement subsiste une touche d’espérance