Commentaire Fines gueules

La justice n’aura pas tranché. Tant mieux. Ou dommage. Sauf rebondissement, Christian Lutz peut continuer à diffuser le passionnant travail qu’il a effectué sur l’Eglise évangéliste ICF (International Christian Fellowship). Mais la question, pour sûr, se reposera. Où s’arrête la liberté artistique et où commence le droit à l’image? Dans une société toujours plus judiciarisée, et face, sans doute, à quelques atteintes manifestes, le citoyen anonyme est prompt à porter plainte s’il se reconnaît sur un cliché. Question de principe, de fierté, de monnaie peut-être.

Jusqu’alors, les photographes considéraient que montrer leur appareil garantissait une forme d’accord tacite de leurs sujets, sauf avis opposé. Le premier volet judiciaire de l’affaire Lutz s’est conclu sur une appréciation contraire, avec le retrait du livre et la pose des bandeaux sur les visages des fidèles effarouchés. Et ce, malgré une autorisation préalable de l’Eglise, qui en exigeait plus mardi matin. Si chaque portrait, même de foule, suppose une autorisation écrite des protagonistes, c’est la mort de la photographie de rue et de nombreux travaux documentaires. Adieu les merveilleux clichés de Robert Frank, Martin Parr et tant d’autres. La justice n’a pas tranché. Tant mieux. Ou dommage.