Art school confidential. Terry Zwigoff (2005). Columbia Tristar. Bande originale: anglaise, française ou italienne (Dolby Digital 5.1). Sous-titrage: français, anglais, arabe ou italien.

«Le jeune artiste: J'aimerais devenir un grand peintre.

Le vieil artiste: Merveilleux. Es-tu un tailleur de pipes d'exception?

- ...

- Je te pose une question: es-tu un virtuose de la fellation?

- Non, je ne crois pas.

- C'est bien dommage. Qui aimes-tu? Ton peintre préféré?

- Je dirais Picasso.

- Je vois. Très bien. Notre vieil ami Pipi-caca-sso. Le sale nabot qui n'a jamais pondu une seule idée originale? Je suis diplômé de l'Ecole d'art de Strathmore, comme tu le seras sans doute. Et tu vois où ça m'a mené? Un jour, tu vas cartonner, je le sens, mais révise surtout le suçage de b... et le léchage de c... Sinon tu pourrais échouer dans un trou à rats. A repousser ton suicide dans le maigre espoir de voir un jour une superbe épidémie mortelle infliger d'abominables souffrances à ton odieuse espèce. Ça te fait sourire? C'est ça, rigole, petit rigolo!»

Voilà pour le ton. Mieux vaut être prévenu: après son documentaire trash sur l'artiste bédé Robert Crumb (Crumb, 1995), sa formidable adaptation de la bande dessinée de Daniel Clowes Ghost World (2001) où il était déjà question d'art et Bad Santa (2003), portrait ordurier et drôlissime d'un Père Noël alcoolique écrit et produit par les frères Coen, l'Américain Terry Zwigoff ne s'est pas calmé. Ecrit par Daniel Clowes, Art School Confidential est resté inédit dans les salles européennes, pour son irrévérence mais aussi, il est vrai, pour sa mécanique moins huilée que celles de ses films précédents.

N'empêche. Art School Confidential prend prétexte d'une enquête policière sans suspense autour d'une école d'art et du parcours d'un jeune étudiant qui rêve surtout d'avoir les femmes à ses pieds, pour égratigner l'art, en particulier les Beaux-Arts et l'art contemporain tels qu'ils sont vus par les Américains.

«Un élève: Que deviendra l'art au XXIe siècle?

L'artiste: De l'art-naque... Non, vraiment, c'est une question idiote. Posez-m'en une pertinente. Demandez-moi, par exemple, combien j'ai sur mon compte.

- Vous avez appris quelque chose dans cette école?

- Beaucoup de choses. Que les professeurs sont des vieux ratés qui enseignent pour avoir une mutuelle. Sauf le directeur bien sûr, qui s'intéressait davantage à nos chairs fraîches qu'à sa santé.

- Que conseillez-vous à un jeune artiste?

- Vous n'avez qu'une question à vous poser: comment faire pour devenir moi? Je vais vous donner la réponse: pour être un grand artiste, il faut être un grand artiste. Ça ne s'apprend pas. Vous perdez votre temps ici. Rentrez chez vous.

- Pourquoi êtes-vous devenu un tel connard?

- Ça, c'est une bonne question. Je suis un connard, parce que c'est ma vraie nature. Comme vous peut-être. Mais une chose nous distingue encore: moi, j'ai acquis la liberté d'exprimer ma vraie nature. Qu'y a-t-il de plus beau que liberté et vérité?»

Impossible de recenser, dans ce cynisme dialogué, toutes les perles qui font hurler de rire ou grincer toute personne qui s'intéresse à la création artistique. Héritage de l'univers bédé de Daniel Clowes, ces personnages blasés et déplaisants, parmi lesquels les talentueux John Malkovich (également producteur), Angelica Huston ou Jim Broadbent, restent suffisamment vraisemblables pour ne pas tomber dans la farce de mauvais goût. La non-prétention absolue du projet et de sa réalisation en fait un acte de bravoure rafraîchissant contre la pensée unique et le snobisme du monde qu'il décrit.