Comédien moyen, Guillaume Canet a non seulement le don de jouer dans des navets (Jappeloup, Cézanne et moi, Le Grand Bain…), mais celui aussi d’en réaliser – Ne le dis à personne, Blood Ties, Rock’n’Roll. Le plus effroyable de tous, Les Petits Mouchoirs (2010), a connu un tel succès qu’il se reproduit: voici Nous finirons ensemble, une épreuve dont on se serait bien passé. Qui a envie de retrouver ces fantoches socioculturels que sont Max (François Cluzet), directeur d’hôtel, le physiothérapeute Vincent (Benoît Magimel) et l’ethnologue Marie (Marion Cotillard), les glandeurs Eric (Gilles Lellouche) et Antoine (Laurent Lafitte)? Sans oublier Jean-Louis, l’ostréiculteur rougeaud, un puits de sagesse, un trésor de la France des régions.

En 2017: Dans «Rock'n Roll», Guillaume Canet part en roue libre

Dans le premier volet, ces indéfectibles amis étaient fracassés par le décès de Ludo, le meilleur d’entre eux. Huit ans plus tard, l’existence leur a mis d’autres baffes sans les rendre plus mûrs, plus sages ou plus aimables. Max, qui a connu des revers de fortune, est parti vendre en catimini sa maison du Cap Ferret. C’est sans enthousiasme qu’il voit débarquer à l’improviste sa bande de potes. Il est en froid avec Eric et ne tient pas à fêter son 60e anniversaire avec eux. L’amitié n’est pourtant pas longue à refleurir au fil des jours, des engueulades, des mufflées et des gueuletons…

Gags obscènes

Sous son titre renvoyant impudemment à Maurice Pialat (Nous ne vieillirons pas ensemble…), Nous finirons ensemble s’inscrit dans la lignée du cinéma tribal de Claude Sautet, mais sans la rigueur ni le pessimisme du réalisateur de César et Rosalie. Il est de la famille du Cœur des hommes, de Marc Esposito, cette trilogie belle comme une publicité pour le boudin et la saucisse.

Guillaume Canet construit son machin en empilant les anecdotes, les péripéties attendues et les scènes de genre: Max se paie un saut en parachute pour son anniversaire, Laurent fait un œdème de Quincke (il est tout gonflé avec la langue qui pend, c’est super drôle), Vincent est en couple avec un danseur (pour le quota gay), Eric vire la baby-sitter qui le gonfle avec ses remontrances par ailleurs légitimes, Marie a une grande gueule mais elle est d’une fragilité émotionnelle toute féminine, l’ex-épouse de Max est une gerce criarde, Max a un gros coup de blues, les gamins se perdent en youyou (mais Jean-Louis veille au grain), toute la bande regarde le soleil se lever sur la baie d’Arcachon comme au matin du monde, les fantômes du bon vieux temps gambadent au fond du jardin d’une maison qui n’est plus à vendre…

Le tout agrémenté de quelques gags obscènes, détails triviaux, bassesses diverses, minutes de régression éthylique. Ce portrait complaisant de la beauf attitude, cet enfumage selon lequel tout citoyen a une villa sur le littoral représente le pire du cinéma français.


Nous finirons ensemble, de Guillaume Canet (France, 2018), avec François Cluzet, Gilles Lellouche, Marion Cotillard, Laurent Lafitte, Benoît Magimel, 2