Genre: songwriting
Qui ? Fiona Apple
Titre: The Idler Wheel…
Chez qui ? (Epic Records/Sony Music)

La vie tumultueuse de Fiona Apple exigerait de grands espaces pour en esquisser sommairement les contours. Il faudrait tout d’abord se pencher sur les lignes de ses textes, qui ont les apparences de blessures mal cicatrisées. Ou encore – en empruntant une voie moins problématique – on devrait s’arrêter sur ses longs silences, toujours très assourdissants. Fiona Apple a laissé entendre, à ses débuts, que son chemin allait avancer de manière linéaire. Deux albums prodigieux, pour commencer (Tidal en 1996 et When the Pawn… en 1999), ont raconté avec simplicité la naissance d’une icône, certes fragile, mais une icône appelée à s’installer durablement dans le paysage.

Mais non. Mille histoires sombres et une multitude de conflits avec sa maison de disques ont longuement retardé les suites: il lui aura fallu six ans pour faire aboutir le peu convaincant Extraordinary Machine (2005). Et il lui aura fallu encore sept ans pour revenir avec un nouvel album – au titre kilométrique soit dit en passant – très convaincant. On l’a cru perdue, Fiona Apple. Elle se replace aujourd’hui avec un sens du dépouillement qui laisse sans voix. The Idler Wheel… est sans doute l’œuvre d’une femme qui, à 34 ans, raconte ses malheurs (amours déçues, fêlures de l’âme…) dans la sobriété. La matière de sa dramaturgie n’a pas changé. Elle est noire, mais elle se déploie désormais avec des armes réduites: un piano asséché, des percussions en filigrane et surtout, une voix directe, organe suprême d’une âme toujours en peine. Un grand retour.