disparition

Fischli sans Weiss

Le plasticien zurichois David Weiss, membre du duo Fischli/Weiss depuis 1979, est décédé vendredi des suites d’un cancer

David Weiss est décédé vendredi d’un cancer. Né en 1946 à Zurich, il s’était formé à la sculpture à Zurich et Bâle et, depuis 1979, il formait avec Peter Fischli un duo devenu incontournable dans tous les rankings d’artistes internationaux. Fischli/Weiss font partie de ces Suisses qui ont construit la réputation de l’art helvétique dans les grands rendez-vous. Ils ont notamment remporté le Lion d’or à la Biennale de Venise en 2003 avec une installation de projections de diapositives où étaient écrites un millier de questions existentielles ou/et triviales qu’ils avaient collectionnées, et exploitées en partie dans d’autres travaux, depuis des années.

Art et artisanat

Les questions de Fischli/Weiss ne sont pas celles de philosophes pointus mais elles appartiennent à tout le monde. Qu’ils exposent des centaines de statuettes d’argile, ou des milliers d’images photographiques ou vidéo dignes des touristes ordinaires, ils remettent en cause sans démagogie aucune les clivages entre art et artisanat, créativité populaire et reconnaissance artistique.

Personnages en charcuterie

Les deux artistes n’ont eu de cesse de rendre compte de notre réalité humaine avec un humour qui est leur marque de fabrique. Depuis leurs premières œuvres en commun, photographies drôlatiques dont les personnages sont des charcuteries ou des mégots (cervelas vêtus de capes en mortadelle, mégots skiant sur les coussins d’un lit défait…), ils mettent en place une poésie enfantine. A la manière aussi de leurs films du début des années 80 où un rat et un ours en peluche se baladent, à Los Angeles ou dans les Alpes, en dialoguant sur le monde comme il va et comme ils s’y trouvent.

Ces road movies animaliers ont été beaucoup vus mais moins que Der Lauf der Dinge («Le Cours des choses»), qui a assis leur réputation, en 1987. Formidable réaction en chaîne filmée en super 8 dans une halle où se succèdent, selon le principe de l’effet domino, «accidents» et autres petits mécanismes tous aussi insensés les uns que les autres, ce bricolage ludique de pneus qui roulent, de fluides qui débordent, de savons qui glissent, de mini feux d’artifice… a été regardé des centaines de milliers de fois sur le Net, faisant largement sortir l’art contemporain des musées et galeries.

La disparition de David Weiss s’inscrit aujourd’hui dans le «cours des choses» et invite à relire les questions que le duo a semées dans ses œuvres avec en arrière-plan la grande énigme de la vie.

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