Cette année, à Cannes, la proportion de films américains est pour les raisons que l’on sait moindre. Mais en compétition, il y a Sean Penn, un acteur et réalisateur courageux, de retour cinq ans après que son précédent film, The Last Face, s’est fait méchamment lyncher par une critique qui sur la Croisette est affûtée comme jamais. Mais sur ce coup-là, il s’agissait bien d’un film embarrassant. D’emblée ce mélodrame assénait un aphorisme qui avait fait bondir toute personne dotée de raison: Sean Penn comparait la violence des relations amoureuses aux guerres civiles africaines…

Sur «The Last Face»: Sean Penn a bien de la peine

Voici donc Sean Penn de nouveau en lice pour la Palme d’or avec Flag Day, un drame familial inspiré d’une histoire vraie. Adapté des Mémoires de la journaliste et écrivaine Jennifer Vogel, il raconte l’histoire d’un père charismatique promettant la lune à sa femme et à ses enfants, mais au final incapable de prendre ses responsabilités. Et qui peu à peu, constamment en quête d’argent, s’enfoncera dans le banditisme. Dans la première séquence, une inspectrice apprend à Jennifer qu’il a écoulé 50 000 dollars en faux billets. Il avait imprimé des coupures parfaites pour un total… de 22 000 millions! Récemment libéré sous caution, il ne s’est pas présenté à son audition.

Mosaïque impressionniste

L’histoire, qui démarre en 1992, va alors remonter le temps et nous ramener en 1975, au moment de l’enfance heureuse et de l’insouciance, avant d’avancer par petites touches impressionnistes. Narré en voix off par Jennifer, le récit est comme une mosaïque construite en circonvolutions à partir des souvenirs de la jeune femme. On ne quittera jamais son point de vue et le film, malgré son sujet, ne flirtera dès lors jamais avec le thriller. Ce qui compte, ce sont les relations père-fille.

Sean Penn, qui ne s’était encore jamais mis en scène lui-même, a pour la première fois sauté le pas, dicté par l’envie, afin de donner au film un surplus d’intensité dramatique, de confier le rôle de Jennifer à sa fille. Et ça fonctionne: Dylan Penn est bouleversante, constamment sur le fil, toujours juste. Filmé en pellicule 16 mm, évoquant par instants la manière dont Terrence Malick joue avec la voix off et un montage, Flag Day est un film certes fragile, mais profondément émouvant, transcendé par un vrai désir de cinéma.