Pluie de confettis et de baudruches au Miles Davis Hall. Pas de doute, les Flaming Lips sont en ville, liquidant à leur manière tapageuse une soirée de mardi emmanchée dans le calme (les délicats Brendan Benson et Beth Orton). En une heure à peine d'un concert savamment débridé, le quatuor Américain dynamite le protocole empesé du concert ordinaire. Constamment bombardé d'images vidéos loufoques ou provocantes, porté par les harmonies grandioses d'une musique de péplum, le public de Montreux n'a d'yeux que pour Wayne Coyne. Dandy baroque dont le jeu de scène consiste à multiplier les tours absurdes, enfilant d'immenses gants de super-héros ou se versant du sang sur le front, le tout filmé par une mini-caméra adossée à son micro. Et tandis que des deux côtés de la scène, des figurants en costumes de gorilles, élans ou pandas esquissent une danse pataude, la salle hilare s'applique à relancer les immenses ballons multicolores que déverse en permanence un groupe à la folie tenace.

Vingt ans que Wayne Coyne et ses sbires bonifient leur pop extravagante, dont les mélodies limpides et les arrangements luxuriants recomposent une forme bringuebalante d'épopée pop héritée de l'ère psychédélique. D'une affabilité rare, le chanteur poivre et sel de la formation culte commente hors scène les ressorts de sa bienheureuse longévité.

Wayne Coyne: Pendant vingt ans, nous n'avons fait qu'apprendre. Quand nous avons commencé, nous n'étions pas de bons musiciens… ce qui à l'époque, au sortir des années punk, était plutôt un avantage! Mais nous avions des idées, de l'enthousiasme, et c'est cela qui nous porte encore aujourd'hui. Je ne suis pas du genre à regarder en arrière, et à 42 ans, je suis heureux de jouer la musique de notre temps. Souvent, lorsque je vois des gens de mon âge, j'ai envie de leur dire: «Hey, c'est maintenant que ça se passe!»

Le Temps: L'idée de performance joue-t-elle un rôle essentiel dans la manière dont vous composez?

– Bien sûr, car je pense que l'on fait la musique qui nous correspond. Si vous venez chez moi, vous ne pourrez pas forcément deviner que je suis musicien. J'aime la peinture, le cinéma, la nourriture, le sexe autant que les disques. Mais la musique rock a ce pouvoir extraordinaire de nous transformer en ce que l'on veut devenir. Pour moi, c'est un exercice quasi mystique, un jeu d'auto-fiction. Et pour le public, tout ce que nous ajoutons autour de la musique enrichit leur perception émotionnelle. Tous ces ballons, ces vidéos dans nos concerts sont une manière de traduire la bizarrerie de l'époque dans laquelle nous vivons.

– Votre dernier disque met aux prises une Japonaise adepte de kung-fu avec une armée de robots roses. Quel sens donner à tout cela?

– Depuis le disque précédent, je suis hanté par les thèmes de la mort et de la transcendance. Mais je ne voulais pas refaire quelque chose de grave. Alors j'ai pensé à Bambi, à Mickey, tous ces personnages de cartoon qui expriment de manière très émotionnelle des idées fortes sur la vie et la mort. Et je me suis rendu compte que tout le monde acceptait ce genre de messages, tandis que si je faisais référence à Jésus, on dirait à coup sûr: «Mais qu'est-ce qu'il nous veut, ce vieil hippie?» Sans compter que cette formule se révèle bien plus amusante à mettre en scène. A vrai dire, je pense que nous sommes le groupe qui prend le plus de plaisir à chanter la mort!

Ce soir à Montreux: Craig David et Vivian (en remplacement de Common, Auditorium Stravinski, 20 h 30). Nada Surf, Stereophonics, Turin Brakes et Zorg (Miles Davis Hall, 21 h). Loc. TicketCorner. Rens. www.montreuxjazz.com