C’était le concept de téléréalité le plus «hot» des années 2000: mettre en compétition (et dans la même maison) une douzaine de filles, prêtes à s’arracher les yeux pour remporter le cœur d’un mâle alpha – généralement blanc, gominé et arrogant. Inspiré d’une émission américaine, Le Bachelor puis ses futures déclinaisons (sur une île, avec la belle-mère, à l’aveugle) ont colonisé nos écrans, la séduction artificielle se révélant un excellent booster d’audimat.

Du malaise en boîte, donc. Mais aussi une formidable matière à parodie, dont s’est justement emparé l’acteur français à la cote grimpante Jonathan Cohen (génial dans Serge le mytho) pour créer La Flamme. Présentée en ouverture du festival Canneserie ce week-end puis diffusée dès lundi sur Canal+, elle est l’une des nouveautés françaises les plus attendues, et vendues, de l’automne – des marques comme L’Oreal ou Seat sont allées jusqu’à accueillir Jonathan Cohen dans leurs publicités.

Parade grotesque

C’est que La Flamme peut se vanter d’avoir un casting affriolant: Leïla Bekhti, Florence Foresti, Adèle Exarchopoulos, avec des apparitions de Gilles Lellouche, Angèle, Orelsan ou encore notre Marina Rollman nationale. Dans cette parodie d’émission télé, tous gravitent autour de Marc (incarné par Jonathan Cohen en costume-cravate), pilote de ligne devenu célibataire convoité. Comme de coutume, on verra les candidates, toutes plus loufoques les unes que les autres, minauder, se défier, se faire sélectionner ou éconduire au fil des épisodes.

Présentateur affable, bellâtre benêt, jeux de mots douteux («Marc embarquera-t-il pour son plus beau voyage, le septième ciel?»), récaps, interviews au confessionnal: La Flamme s’approprie à merveille tous les codes du Bachelor, jusqu’au jeu de caméras, et c’est là qu’elle tient le mieux son pari. Voir ces comédiens et humoristes bien connus se prêter à une parade amoureuse grotesque, le tout dans des décors «nouveau riche», a quelque chose de jouissif. Et entendre dire à une participante, selon la formule consacrée de Koh-Lanta, «votre flamme s’éteint ce soir, la sentence est irrévocable», arrache forcément un gloussement.

Tickets d’or

Pour le reste, si on n’attendait pas de La Flamme qu’elle fasse dans la finesse, on ne peut s’empêcher de trouver le résultat bien lourdaud. Les 13 prétendantes, unidimensionnelles – l’excitée, la religieuse, l’amnésique, la nymphomane sans culotte – irritent (c’est certes le but) mais manquent aussi de piquant. Tout comme les blagues, souvent téléphonées voire carrément plates («Je m’appelle Victoire» – «Quoi, vous avez déjà gagné?»), et certains épisodes, grotesques sans être décoiffants (un accouchement en urgence). Bref, tout ça sent plus le réchauffé que l’eau de Cologne.

Peut-être parce que la série s’inspire très largement de Burning Love, satire américaine avec Ken Marino et Ben Stiller sortie en… 2012 déjà. A l’image du Bachelor dont la formule a bien évolué depuis, les gags de La Flamme (certains traduits quasi mot pour mot) semblent légèrement dépassés.

Jonathan Cohen, de son côté, joue plutôt bien l’égocentrique décérébré. Mais la verve qu’on lui connaissait aurait fait du bien à La Flamme, qui manque de rythme comme de souffle. Au bout du cinquième épisode (il y en a neuf) et autant de «cérémonies des roses» (ici, ce sont des billets dorés que Marc distribue aux candidates, histoire de filer la métaphore aérienne), on réprime un bâillement – alors que la téléréalité originale, plaisir inavouable, s’arrangeait toujours pour nous empêcher de zapper.

Le concept, aguicheur, aurait-il été mieux servi par une série de sketchs, façon The Handmaid’s Tale, revisitée par Florence Foresti? Si on imagine sans peine que l’équipe de La Flamme a bien ri en singeant ces amoureux en plastique, de l’autre côté de l’écran, le feu n’a pas pris.


«La Flamme», série en neuf épisodes de 26 min, diffusés sur Canal+ à partir du 12 octobre, les lundis à 21h. Disponible sur MyCanal.