«La musique de Jean Derbès, inexorable, hiératique, vient de loin» (Serge Arnaud). On ne saurait mieux dire de ce compositeur lyonnais, Genevois d’adoption, disparu en 1982, à l’âge de 45 ans. Au pupitre de l’excellente Philharmonie de Timisoara, Jean-François Antonioli s’implique avec compétence et ferveur pour défendre des œuvres qu’on avait tort de laisser dans l’oubli.

Présentées en ordre chronologique inverse, ces œuvres témoignent d’un approfondissement, à partir des rythmes frénétiques et envoûtés de Sortilèges, créés en 1967 par le Ballet du Grand Théâtre de Genève, jusqu’aux Deux Nocturnes de 1980: le premier installant son climat dès les notes liminaires, dans une désolation prenante, sous un ciel bas, au gré de mélopées désespérées; le second partant d’un carillon triste, d’un cor anglais nostalgique, relayé de bois mélancoliques, bâtissant un grand crescendo sur des trémolos lancinants. Froid de l’acier, horizon gris.

Les tenues lancinantes de l’ Adagio de 1979 sont comme une souffrance sourde, et le violon solo vrille plus qu’il ne chante sa plainte. Des coups violents trouent cette solitude, mais la pièce finit en extase brucknérienne. Dans Genèse (1969), c’est une prolifération de flammèches sur fond tenu, un brasier de traits rapides et crus, acides et éblouissants. Naît un monde implacable et brasillant. Le déchaînement des percussions et d’appels cuivrés a quelque chose de plus convenu. Quant à Praemonitio Passionis (1968), elle fait passer de la lumière irradiante de la Nativité au pressentiment déchirant de la Croix.

Genre: classiqueAuteur: Jean DerbèsAlbum: Œuvres orchestralesEditeur: Timpani/Musikvertrieb