Danse

Les flammes du flamenco ravivées

Superstar de l'ardente danse andalouse, Sara Baras présente son nouveau spectacle, «Voces» au Grand Théâtre, à Genève. Un hommage passionné aux maîtres disparus, dont l'héritage résonne encore

Sur les planches de l’Opéra des Nations mercredi soir, ni soprano ni baryton. Mais des voix tout de même, puissantes, vibrantes, flamboyantes. Celles des légendes du flamenco. Camarón de la Isla, Antonio Gades, Enrique Morente… Ces noms ne vous disent peut-être rien, et pourtant. Ils évoquent des pans d’histoire de cet art andalou qui mêle chant, danse et jeu de guitare, inscrit au patrimoine de l’UNESCO depuis 2010. Des artistes à présent disparus mais qui ont laissé au flamenco un héritage enflammé.

Pour faire écho à ces géants, il fallait bien une pointure: Sara Baras, l’actuelle «superstar du flamenco», comme la nomment les médias. Initiée à la danse dans l’école de sa mère, à Cadix, Sara Baras fonde sa propre compagnie à la fin des années 1990. À la fois danseuse, chorégraphe et directrice artistique, elle montera avec le Ballet Flamenco Sara Baras une douzaine de spectacles passionnés, emmenés sur les scènes du monde entier.

Le dernier en date, Voces, est né d’un désir de rendre hommage à ses aînés, avec respect et tendresse. «Il y a quelque temps, nous avons perdu de manière brutale Paco de Lucia [guitariste de flamenco espagnol emporté par une crise cardiaque sur une plage mexicaine en 2014]. J’ai eu envie de dédier mon nouveau spectacle à tous ces maîtres qui ont contribué à développer et faire connaître le flamenco hors de nos frontières».

Costume de ville

Sur scène, Sara Baras sera accompagnée de six danseurs et d’autant de musiciens, mais aussi des voix enregistrées de ses prédécesseurs. «Chacune appellera un style, une couleur, une performance différente. Puisque, au-delà de la technique, le flamenco permet à l’artiste d’exprimer sa personnalité». Une individualité reflétée jusque dans le choix de la tenue, qui ne se résume pas aux robes à volants et gilets brodés. «Camarón chantait avec une telle liberté, ses costumes étaient à son image, volatiles. Quant à Antonio Gades, il dansait dans des habits de ville!»

Sous ses «olé» turbulents, le flamenco se révèle un art plus intime qu’il n’y paraît. «Il reflète les émotions ressenties par le danseur, en flux continu: de la joie à la légèreté, de la tristesse aux moments de douceur et d’élégance… Il y a de tout. Il faut seulement se laisser porter, comme dans la vie.»

Le flamenco comme miroir de l’existence, Sara Baras en sait quelque chose, elle qui respire flamenco sur scène comme en privé. «C’est un art de vivre. À la maison, nous écoutons du flamenco et c’est aussi avec lui que nous célébrons les événements heureux». Son mari, le chorégraphe José Serrano, fait d’ailleurs partie de la tournée et la naissance de son fils, il y a six ans, l’a profondément changée en tant qu’artiste. «Aujourd’hui, je sais allier force et maturité. Plutôt que la vitesse ou la technicité des pas, je recherche d’avantage la beauté du moment.»


Voces, à l’Opéra des Nations, Genève, du 21 au 25 février.

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