Aucun communiqué officiel. Le directeur Marco Müller en reconnaissance à Londres pour affûter sa programmation. Le président Raimondo Rezzonico injoignable toute la journée. Un service de presse en rade reposant sur les épaules d'une collaboratrice fort empruntée, dépourvue de toute précision officielle sur l'information apparue comme une fleur parmi les nouvelles de l'Agence télégraphique suisse (Lire Le Temps du 7 juillet). A l'approche de sa 52e édition, le Festival de Locarno, qui débute pourtant dans un mois – du 4 au 14 août – réussit à bâcler la bonne nouvelle de l'année: la nomination très attendue d'un nouveau président, le conseiller radical tessinois Giuseppe Buffi.

C'est la fin d'un pénible vaudeville: depuis trois ans, Marco Müller et Raimondo Rezzonico se livraient à un bras de fer sans hésiter à prendre les festivaliers à témoin, pour ne pas dire en otage. La situation avait pris une tournure grotesque, l'an dernier, lorsque le directeur avait annoncé sa démission le jour de l'ouverture du festival. Il entendait mettre la pression sur le conseil d'administration et son président, afin de réformer les structures. Marre d'un festival autosatisfait de son titre de «plus petit des grands», qui joue en réalité au bœuf avec des méthodes de grenouille. Marre d'une organisation quasi familiale où tout, jusqu'aux petits-fours offerts lors des cocktails, est décidé par les seuls directeur et président.

L'annonce de la démission de Marco Müller avait provoqué un déchaînement tel que des membres de sa propre équipe, qu'il avait omis de prévenir, avaient confié publiquement leur «impression d'être sur le Titanic». En réservant sa déclaration fracassante à la presse, sur un coup de tête stratégique, le directeur avait encore une fois appliqué ce qui ronge Locarno et le colle au tapis face à son rival principal, la Mostra de Venise: l'amateurisme et le potentat. Marco Müller devait finalement conserver son poste, mais personne, et surtout pas le festival, n'avait gagné la bataille. En effet, c'est encore par les on-dit que le but 1999 de Locarno s'affichait le plus clairement dans les couloirs de Cannes en mai dernier: «Avoir la tête de Raimondo Rezzonico», 80 ans, impliqué dans le festival depuis 1947 et président depuis dix-huit ans.

Le conseil d'administration a donc élu mardi le chef du Département de l'instruction publique et de la culture tessinois, le Locarnais Giuseppe Buffi. Du côté de certains votants, on ne cache pas que le principal souci a été d'élire quelqu'un susceptible de s'entendre avec la forte personnalité de Marco Müller. Giuseppe Buffi serait cet homme, préféré à Marco Blaser, directeur sur le départ de la Radio Télévision suisse italienne.

Hier en fin de journée, le discours de Raimondo Rezzonico à l'Assemblée générale réunie mardi nous est finalement parvenu. «Je souligne, y déclare le président, que ces dernières années j'ai consacré au festival 80 à 90% de mon activité professionnelle. Il n'est pas possible qu'on puisse forcer mon successeur à un tel régime…» Voilà Giuseppe Buffi prévenu et les problèmes du festival toujours en embuscade. Mais un vaudeville trouve enfin sa conclusion, même en catimini et toute provisoire qu'elle soit.