La montre démesurée qu'il bringuebale autour du cou est arrêtée. Un signe. Dans cette nuit hip-hop où les rappeurs blancs du label Def Jux ont fait valoir leurs métriques raffinées, où Mike Skinner, patron dissolu de The Streets, montre qu'un disque brillant ne préfigure pas une scène convaincante, le Miles Davis Hall trépigne avant l'arrivée de Flavor Flav. Après le désistement de Gang Starr, le zébulon gesticulant de Public Enemy s'affiche en deuxième choix. Mais, pour cette salle faite pour une grande part d'amateurs résolus, un morceau d'histoire s'apprête à prendre le microphone.

Il ne faut pas longtemps, une pirouette même pas, pour s'apercevoir que Flavor Flav n'a occupé la chronique rap que par ses dons d'amuseur, de saltimbanque déclamatoire. Visiblement, il a préparé son spectacle dans les minutes qui précédaient l'atterrissage de son avion. Il mise sur un jeune DJ de concours qui mixe de dos, les mains à l'envers, et qui, pour un peu, ferait la roue pour que le temps passe plus vite. Flavor, marqué par des années d'oubli, parodie sans le vouloir les tics de la diva hip-hop. Cent fois, il appelle le public compatissant à remplir le vide, à huer Bush et le racisme, à s'applaudir lui-même parce qu'il ne quitte pas le parterre. L'horloge en sautoir, qui a fait sa renommée, n'avance plus.

Entre les danseuses grappillées dans la foule, les attractions ajustées dans les loges du Montreux Jazz, Flavor Flav se résout à doubler sans vigueur quelques disques tirés au hasard. Face à cette prestation de music-hall ravalé, on serait tenté de voir une tentative éperdue à la Ginger et Fred, l'envie en moins. Le rap est vieux, déjà. Ces spectateurs adolescents qui savent bien le pathétique de la situation sont là comme on irait à Las Vegas ressusciter un soir une idole cassée.