Il écrivait son dernier tweet le 21 novembre 2015, à 10h45: «Il y a un retour au papier, le journal ne disparaîtra pas, à tout le moins pour le temps qu'il m'est consenti de vivre»: Umberto Eco vient de disparaître aujourd'hui. 

Une twittos italienne s'écrie: «l'ultime prophétie». Elle retweete également ce micro-message de 2013 de l'écrivain disparu: «Je ne sais rien; il n'y a rien que je sache mais certaines choses se sentent avec le coeur». On croirait entendre Antoine de Saint-Exupéry et son Petit Prince.

Cinq minutes avant de rédiger son ultime tweet, ce 21 novembre 2015, Umberto Eco rédigeait celui-ci: «Outre à sauvegarder la mémoire historique, les intruments multi-médias peuvent être des dispositifs pour renforcer notre capacité à nous souvenir». Un paradoxe, si l'on y songe, car l'intuition commune consiste à prétendre que ces dispositifs nous font perdre la capacité de nous souvenir...

Homme profondément ancré en son siècle, Umberto Eco fut toujours à la pointe des technologies de l'information et de la transmission, lui qui révérait tant le papier, les manuscrits, les incunables, les parchemins, au point de les immortaliser parfois en des romans mémorables, comme Le Roman de la Rose.

Pas étonnant, aujourd'hui, que ces mêmes technologies de l'information lui rendent un hommage soutenu, comme en témoignent les innombrables messages laissés sur Twitter, dans toutes les langues et sur tous les tons: «Je crois que l'on devient ce que notre père nous a enseigné dans les temps morts, quand il ne se souciait pas de nous éduquer», cite ainsi un quidam français, sur le mode Umberto Eco sage entre les sages.

Plus officiellement, la nouvelle ministre de la Culture du gouvernement français, Audrey Azoulay, déclare finement qu'Umberto Eco, grand intellectuel, avait traversé les frontières du monde des lettres et des idées: 

On notera qu'elle ne pleure pas, elle, contrairement à sa prédecesseure, Fleur Pellerin, qui tweete:

Sans parler ici de Christiane Taubira qui brode une effigie à sa façon:«#UmbertoEco, percevoir le sens, en tout, le donner à saisir, est-il plus grande urgence en ces temps de confusion et de manipulation?».

Nicolas Sarkozy, qui fait dans la banalité: «#UmbertoEco, la culture européenne perd un de ses plus grands défenseurs. La somme de son œuvre littéraire et universitaire sera son legs -NS».

Alain Juppé dans les messages subliminaux: «Merci à Umberto Eco pour le bonheur de lire qu'il nous a donné.Et pour sa vision de l'Europe, la vraie, celle de la culture.»

Bruno Le Maire dans l'unanimisme transi: «Une pensée émue ce matin pour Umberto #Eco, homme de toutes les langues et de toutes les cultures.»

Et Manuel Valls dans la grandiloquence:«Umberto Eco était un géant de la littérature, un immense conteur. C'est une conscience européenne qui nous quitte.» On notera au passage l'étrange écho avec l'hommage d'Alain Juppé...

Quant à Alain Berset, sans doute a-t-il épuisé avec ses félicitations à Alberto Nessi, lauréat du grand Prix suisse de littérature, son quota d'émotion littéraire: il se contente de retweeter les palpitations de Nicolas Bideau: «Pensée pour #UmbertoEco qui nous a tous appris l'importance d'une lecture attentive. #LeNomdeLaRose».

Bernard Pivot, lui, pointe avec humour la dimension quand-un-tel-sage meurt-c'est-une bibliothèque-qui-brûle:

Mais ce qui frappe, à tenter de parcourir la timeline Twitter de tous les micro-messages qui défilent, c'est la popularité extraordinaire de l'homme qui sut séduire et enchanter des générations entières de lectrices et de lecteurs. A l'enseigne du hashtag: #Umbertoeco ou simplement #umberto ou plus court encore, #eco.

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