Cette année, la Semaine de la critique, souvent considérée comme la cinquième roue du char cannois, a tout bonnement proposé deux des plus belles surprises du festival: Rubber de Quentin Dupieux (LT du 10.11.2010) et Le Nom des gens de Michel Leclerc. Deux films indépendants nés de manière quasi anarchique dans un PAF de plus en plus formaté. Et si Rubber se distingue par son originalité, ainsi que ses échos aux clichés américains, le film de Michel Leclerc, lui, réussit le tour de force de réanimer un genre, la comédie politique outrancière façon Jean Yanne années 70 (Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil cligne de l’œil d’entrée de jeu), en s’avançant sur le terrain d’une franchouillardise dévoyée par Christian Clavier et consorts.

Sauf que la trame – un type coincé déniaisé par une idéaliste de gauche – permet à Leclerc de développer une réflexion explosive (et pas uniquement par les fous rires). Au-delà d’une simplicité confondante et de séquences d’anthologie, le cinéaste pose un contexte précis (le traumatisme de la présidentielle 2002 qui vit Lionel Jospin échouer au profit de Le Pen) et passe au scanner une France rongée par les tabous. Identité nationale, passé sombre ou déterminisme des noms de famille: grâce à une large part autobiographique, le film va, mine de rien, chercher en profondeur les racines d’un mal, politique et culturel, qui dépasse de beaucoup les frontières hexagonales.

VVVV Le Nom des gens, de Michel Leclerc (France 2010), avec Jacques Gamblin, Sara Forestier, Zinedine Soualem, Carole Franck, Jacques Boudet, Lionel Jospin. 1h44.