Au départ de cette enquête,

un constat: l'essentiel de ce que nous savons sur l'acteur romain se trouve dans des traités de rhétorique où sans cesse les techniques de récitation théâtrale sont invoquées, dans leurs différents aspects, pour illustrer les exigences de l'art oratoire, mais avec ce soin, à chaque fois, de préciser qu'un orateur ne doit pas imiter l'acteur. Pourquoi les penseurs romains n'ont-ils parlé des jeux scéniques et des acteurs que dans des textes qui proposent une théorie et un apprentissage de l'éloquence? La question est précise et elle permet de relancer la réflexion sur les relations complexes, dans la Rome antique, entre la sphère du politique et la fonction d'une pratique théâtrale inscrite dans le contexte d'un rituel religieux. S'intéressant au couple antithétique de l'orateur et de l'acteur, du politicien romain issu de la noblesse et de l'histrion, paria frappé d'infamie, Florence Dupont reconsidère les fondements théoriques de l'éloquence politique sur laquelle repose toute la conception romaine d'un pouvoir politique qui se veut libre et égalitaire.