Joseph Ratzinger et Paolo Flores d'Arcais. Est-ce que Dieu existe? Dialogue sur la vérité, la foi et l'athéisme, Payot, 184 p.

Est-ce que Dieu existe? Le 21septembre 2000, le cardinal Joseph Ratzinger (devenu le pape Benoît XVI) et le philosophe athée Paolo Flores d'Arcais, ont débattu de cette question au Théâtre Quirino, à Rome. Cependant le plus intéressant ne réside pas dans cette confrontation directe entre le croyant et l'athée, le sujet étant trop vaste pour que la discussion ne laisse pas un goût de superficialité et d'inachèvement. En revanche, les deux textes qui suivent, signés par chacun des protagonistes, sont d'une rare densité: ils se concentrent sur la notion de vérité, pierre angulaire de toute religion et pierre d'achoppement pour les athées.

Dans «Vérité du christianisme», Joseph Ratzinger s'interroge sur la crise profonde que traverse la religion chrétienne en Europe. L'ex-cardinal n'est pas dupe: les difficultés du christianisme reposent sur sa prétention à la vérité dans un monde où règnent le relativisme et le scepticisme. Joseph Ratzinger rappelle que la foi chrétienne a puisé ses racines dans le rationalisme philosophique, car elle s'est comprise comme une école de la connaissance de Dieu et une victoire sur la mythologie. Si, aujourd'hui, christianisme et rationalisme passent pour contradictoires, c'est qu'on ne croit plus à la possibilité de connaître la vérité en tant que telle. De plus, la théorie de l'évolution a rendu superflue l'hypothèse de Dieu. L'ex-cardinal admet qu'il n'existe pas de preuve ultime pouvant garantir l'option chrétienne. Mais selon lui, l'ethos cruel issu de la théorie de l'évolution - basé sur le triomphe du plus fort - a peu de consolation à offrir. Le christianisme, lui, peut se prévaloir de l'amour du prochain.

Dans son texte «Athéisme et vérité», Flores d'Arcais reproche à l'Eglise d'éluder toutes les objections sceptiques sur sa prétention à la vérité. Dans l'incapacité de contrer les démonstrations efficaces de l'inexistence de Dieu, l'Eglise proclame désormais la religion comme sens de la vie, et non plus comme vérité. Or, c'est sur ce terrain que le philosophe entend croiser le fer avec la religion chrétienne, en démontrant l'inexistence de Dieu. Le scandale du mal lui fournit des arguments difficilement contestables. L'hypothèse de Dieu a cependant une utilité: elle sert à voiler le fait que l'homme est créateur et maître des normes. Ce dernier ne saurait en effet rendre ces dernières efficaces et indiscutables sans les attribuer à plus grand que lui, à un Dieu dont la fonction principale est de maintenir la cohésion sociale. Une fois la vérité démasquée comme illusion, comment l'athée doit-il vivre? Il lui revient de faire un choix éthique entre la solidarité et l'égoïsme. Même si le choix de la solidarité est plus difficile pour l'athée, car il implique le devoir du sacrifice, pénible à accomplir lorsqu'on n'a pas foi en un Autre. Un petit livre, mais deux pensées très riches, qui débouchent sur de multiples questions.