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Eszter Salamon célèbre la vénéneuse Valeska Gert, cabarettiste qui fait fureur dans les années 1920 à Berlin.
© LDD

Spectacle

La folle vie de Valeska Gert, danseuse punk

La chorégraphe Eszter Salamon célèbre une diva des cabarets berlinois, une artiste punk scandaleuse chassée par les nazis. Un hommage souvent électrique à voir ce jeudi soir encore à Genève

Certains chorégraphes ont des pouvoirs à la Harry Potter. Ils invitent au bal les fantômes qui leur sont chers, s’emparent de leurs gestes comme de leurs corps, s’arrangent pour qu’ils crachent le feu encore. A l’affiche du Festival des arts vivants de Nyon, exceptionnellement délocalisé à Genève, Eszter Salamon et Boglarka Börcsök ressuscitent ce jeudi encore Valeska Gert (1892-1978), cette tigresse sur un toit brûlant qui enrage le bourgeois dans les cabarets des années 1920 à Berlin, cette demoiselle en colère qui joue les maléfiques, les Lulu dévoreuses de vertus. Plus tard, les nazis verront en elle une incarnation de l’art dégénéré.

Pour affronter Valeska Gert, il fallait deux virtuoses de l’excès. Les danseuses hongroises Eszter Salamon et Boglarka Börcsök appartiennent à cette race. La première mène depuis une quinzaine d’années un travail d’archéologue du geste, sensible par exemple au folklore magyar. Ensemble, elles offrent un portrait dadaïste de Valeska Gert, une pièce à hue et à dia, où les gorges régurgitent un sabir méphistophélique, où les silhouettes ultra-corsetées se défont en figures animales, où les refrains charmeurs des nuits berlinoises déraillent, histoire de leur faire avouer leurs mensonges.

Pythie et guérilléro

Dans le noir de la Salle des Eaux-Vives, on est d’abord saisi par cet éclat. Une oratrice en blanc, raide sur un piédestal de parade, jambes écartées jusqu’à l’écartèlement, tient le crachoir. Elle sort d’un tableau d’Otto Dix, ce contemporain de Valeska Gert, qui a peint au vitriol chapeaux claques et suceurs de cigares. Dans sa bouche, des syllabes au hachoir déforment son visage de bouffon triste. A ce débit répond un babil de nouveau-né, un gazouillis d’aube qui vire au gloussement de berceau avant de crisser en sanglots d’affamé. Ce préambule plonge dans le vif du sujet: Valeska Gert mettait au jour nos pulsions de domination – celles des chemises brunes, celles du mâle ordinaire –, grattait d’un index moqueur nos tentations régressives.

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Valeska est une pythie et un guérilléro. La qualité de The Valeska Gert Monument est de suggérer cet alliage de clairvoyance et d’insolence dévastatrice. Voyez cette montreuse de foire: elle fait tourner une crécelle, comme un drapeau nationaliste qu’elle agiterait mécaniquement. «Circus 1», lance-t-elle. Sur un podium, sa comparse, de dos, baisse alors son pantalon: ses fesses trépignent en rythme. Au chapitre «Circus 3», la même créature malaxera sa poitrine, lui infligeant mille et un supplices. En jeu ici, la réification de la danseuse, cette impasse où, pour exister, elle ne peut que s’aliéner.

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Condamnée à poser. Tel serait l’un des drames de Valeska Gert. Sous un pinceau nocturne, c’est un corps allongé aux contours insaisissables qui accapare le regard dans la dernière partie du spectacle. Sur cette masse, Eszter Salamon et Boglarka Börcsök retracent l’exil de l’artiste, l’Amérique et ses rêves patraques pendant que l’Europe brûle. Dans The Valeska Gert Monument, chaque scène frappe par son invention vénéneuse, mais l’overdose menace. Sous le poids des ajouts, la célébration patine et on finit par trouver le temps long – plus d’une heure vingt. Valeska Gert débordait, c’était dans sa nature. Eszter Salamon traduit cela aussi: une impossibilité d’en finir avec elle.


The Valeska Gert Monument, Genève, Salle des Eaux-Vives, je 23 août à 20h30, dans le cadre du Festival des arts vivants de Nyon. 

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