Musique

La Fondation pour la chanson et les musiques actuelles, un accélérateur de carrière

Depuis vingt ans, la Fondation romande pour la chanson et les musiques actuelles apporte un soutien concret aux talents suisses francophones, contribuant fortement à leur rayonnement. Elle fête son anniversaire vendredi à l’Usine à Gaz de Nyon

Milieu des années 90. A quelques exceptions près (Stephan Eicher, Yello, The Young Gods), la Suisse demeure cette terra incognita des musiques actuelles. Pourtant, et pour ne parler que de la partie romande, sans cesse des artistes s’organisent, partout des collectifs et des labels se créent. Mais rares sont les initiatives qui parviennent un jour à rayonner hors du seul marché local. Aujourd’hui? Les artistes romands s’exportent fièrement, connaissant même des carrières enviables hors de nos frontières. Un changement de donne significatif auquel a fortement participé la Fondation romande pour la chanson et les musiques actuelles (FCMA). Cet automne, elle souffle ses 20 bougies.

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Des CD autoproduits à grands frais, puis destinés à prendre la poussière dans les bureaux de festivals ou de programmateurs radio. Autour de 1995, c’est encore par ce biais que les jeunes talents romands cherchent en vain à «percer». Car pour eux, les relais manquent cruellement: absence chronique de clubs où se faire les dents, peu de relais médias leur permettant de diffuser leur son, aucune structure proposant de les aider à se professionnaliser. Si un vivier musical existe bien de Genève et Lausanne à Fribourg ou Neuchâtel, il paraît condamné à végéter. Conscient du problème, Daniel Rossellat, patron de Paléo et alors membre de la Commission cantonale vaudoise des affaires culturelles, cherche une solution. «J’en ai parlé au conseiller d’Etat Jean Jacques Schwaab, qui m’a aussitôt demandé d’étudier la question, se souvient-il. Pour moi, il était clair qu’il fallait créer une structure à forte identité romande dédiée à la formation des artistes. Là, très vite, les cantons ont soutenu le projet, chacun aidant à son financement comme il le pouvait.» Ainsi naissait la FCMA. Pour adresse les premières années: celle des bureaux de Paléo. Pour ambassadeur, un «loup blanc» de la scène musicale lémanique: Marc Ridet.

Rien de mieux que la scène

Cofondateur en 1985 du club underground lausannois Dolce Vita, puis notamment agent pour la Suisse de Noir Désir ou Mano Negra, Marc Ridet est comme peu d’autres familier des problématiques auxquelles les jeunes musiciens rock ou rap sont, en Suisse romande, invariablement confrontés. «Ils manquaient généralement de professionnalisme et de hauteur de vue, se contentant de se produire dans leur ville, ou ne comprenant rien aux contrats qu’ils signaient», explique-t-il. A lui alors d’imaginer des voies concrètes pour soutenir une scène remuante, mais crûment ignorée hors des cantons. On connaît tâche moins intimidante.

Aliose, Bastian Baker ou Luciano. Mama Rosin, The Animen ou Sandor. Citez un artiste issu du vivier musical romand au cours des vingt dernières années: les chances sont immenses pour qu’il ait un jour transité par un des programmes de soutien développés par la FCMA. «Au début, on était dans la découverte de ce qu’on devait faire pour aider les talents émergents, se souvient Marc Ridet. Une fois leurs besoins identifiés, des formations adaptées se sont progressivement créées, des partenariats avec des festivals étrangers se sont tissés (Printemps de Bourges, Transmusicales de Rennes, etc.), et des résidences ont été imaginées par lesquelles les artistes pouvaient structurer leur projet, puis tourner.»

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Ici, il faut des témoins. Des musiciens qui, ayant souffert hier du manque de reconnaissance de la part des institutions, se sont un jour adressés à la FCMA, voyant bientôt leur carrière s’accélérer. C’est par exemple LiA, artiste jurassien à qui la fondation à permis de crédibiliser le travail «en Suisse et ailleurs», lui transmettant «des contacts en or ouvrant sur une tournée en Chine et en Corée du Sud, ou une participation aux Jeux de la Francophonie à Abidjan». C’est encore Flex Fab, producteur neuchâtelois, à qui la structure nyonnaise a permis «le financement d’un show actuellement sur les routes et d’un disque à paraître bientôt dans plusieurs territoires, tout cela en toute indépendance.» C’est aussi Verveine, Vaudoise et géniale créatrice de mondes, dont la production du troisième album est financièrement soutenue par la FCMA. «C’est dans la qualité de son accompagnement et dans sa vision transfrontalière de ce métier que la fondation joue un rôle décisif», dit-elle. Résumé parfait.

Tâche immense

Conseils, formations, programmes expérimentaux, compilations promotionnelles ou projets franco-suisses audacieux (le festival Walk The Line, l’initiative Opération Iceberg): deux décennies après sa création, l’entité œuvre toujours à sa tâche immense, demeurant ce «phare pour les musiques actuelles en Suisse», comme l’affirme Daniel Rossellat. Qui conclut: «Tout notre travail a, au final, consisté à démontrer au public, aux médias et aux institutions combien nous avons la chance de posséder une scène musicale riche dans ce pays». Lors de la soirée anniversaire qui sera donnée par la FCMA ce vendredi, on saluera d’abord cette vaillante victoire.


«20 FCMA», avec Aurélie Emery et LiA (duo), FlexFab et Sandor (duo), The Animen, DJ Feldermelder, Mimetic. Usine à Gaz, Nyon, 29 sept., 20h.

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