Valais

La fondation Pierre Arnaud ferme définitivement

Pour la seconde fois en moins d’une année, le centre d’art de Lens annonce la fin de ses activités. L’opération de sauvetage a tourné court. Reste un bâtiment devisé à 17 millions de francs

Un communiqué de presse laconique sonne le glas d’une aventure qui aura duré cinq ans: «Malgré tous les efforts consentis depuis deux ans, la Fondation Pierre Arnaud cessera son activité présente le 21 mai», à la clôture d’une dernière exposition qui traite de l’art aborigène. A Lens, à quelques kilomètres de Crans-Montana, dix collaborateurs perdront leur emploi. Pour l’un d’eux, «c’était attendu et c’était une question de temps».

Je ne peux pas continuer, c’est trop d’argent

Fondateur et mécène, Daniel Salzmann cesse de soutenir l’institution, systématiquement déficitaire. Ces dernières années, il s’était déjà désengagé du Caprices Festival et de divers autres projets. Beaucoup y ont vu le signe de sérieuses difficultés économiques. Ce mercredi, il n’a pas répondu aux appels du Temps. Dans son communiqué, il évoque «une décision douloureuse». Au micro de la RTS, il déclare: «Je ne peux pas continuer, c’est trop d’argent.»

Sauvetage manqué

Une communication similaire avait déjà annoncé la fermeture de la fondation Pierre Arnaud en avril 2017. Finalement, elle avait repris ses activités deux mois plus tard, avec une équipe et un budget réduits, et des expositions moins onéreuses destinées à un public plus large. Cette stratégie n’a pas suffi à garantir l’équilibre comptable. Le sursis aura duré moins d’une année.

La fondation n’a pas su se défaire de son image élitiste; je le regrette parce que cet outil puissant mérite de vivre

Mandatée au même moment pour sauver le centre d’art, Anne Bucher avait quitté la direction trois mois plus tard: «Malgré l’engouement des partenaires, notre stratégie de redynamisation n’a pas vraiment convaincu le conseil et n’a jamais été appliquée.» Elle précise: «La fondation n’a pas su se défaire de son image élitiste; je le regrette parce que cet outil puissant mérite de vivre.»

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Lourdes pertes

La décision du conseil de fondation ne surprend pas vraiment les proches du dossier. Dès l’inauguration, les pertes se sont accumulées et la fréquentation a lentement régressé. Avec 47 000 visiteurs, l’année 2014 s’était achevée sur un déficit d’exploitation de 2 millions de francs. En 2016, l’institution n’accueillait plus que 28 000 badauds et perdait 1 million de francs.

Nous avons vraisemblablement péché par enthousiasme mais je ne regrette rien

Il y a quelques mois, au moment où il tentait de sauver la fondation, Daniel Salzmann reconnaissait ses erreurs dans Le Temps: «Au départ, je n’ai pas posé de limites et j’ai mis le projet en danger en dépensant de manière déraisonnable.» Il insistait néanmoins: «Nous avons vraisemblablement péché par enthousiasme mais je ne regrette rien.»

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Un bâtiment à 17 millions

Reste un somptueux bâtiment aux façades de miroirs, sis sur les rives du lac du Louché. Erigé en 2013, il a coûté 17 millions de francs, dont 1,5 assumé par la commune. Le communiqué précise que «toutes les propositions sérieuses sont les bienvenues et seront examinées». En l’absence d’une solution, et selon les statuts de la fondation, la commune pourrait hériter des lieux pour un franc symbolique.

Je ne pense pas et je ne souhaite pas que ce bâtiment extraordinaire reste longtemps une coquille vide

Pour le président de Lens, David Bagnoud, «si le site devait nous revenir à moindre coût, nous le mettrions à la disposition d’éventuels exploitants». L’édile rassure: «Nous avions déjà reçu plusieurs propositions il y a quelques mois; je ne pense pas et je ne souhaite pas que ce bâtiment extraordinaire reste longtemps une coquille vide.»

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