Expositions

Fondation Pierre Gianadda: 40 ans, et après?

La Fondation Pierre Gianadda célèbre son quarantième anniversaire ce lundi. La question de l’après-Léonard Gianadda se pose, alors que lui-même, en 2011, avait dit qu’il n’y en aurait pas

«Certains visiteurs savent qu’ils vont à la Fondation Pierre Gianadda, mais ils ne savent pas toujours qu’ils se rendent à Martigny.» Fabian Claivaz définit en une phrase l’importance de l’institution culturelle pour la ville, dont il dirige l’Office de tourisme. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 40 ans d’existence, qu’elle célèbre ce lundi, la Fondation a attiré 10 millions de visiteurs. Près de 700 par jour.

«C’est incroyable ce qu’a réalisé Léonard Gianadda», lance Jean-Henry Papilloud, membre du conseil de Fondation et ami du mécène martignerain. Picasso, Renoir, Toulouse-Lautrec, Cézanne ou encore Van Gogh. Au fil des années, les plus grands noms de la peinture se sont succédé dans le musée construit en l’honneur de Pierre Gianadda, le frère de Léonard décédé dans un accident d’avion en juillet 1976.

Rêves fous

Cette aventure, qui avait très mal débuté avec une première exposition ratée, n’a été possible que grâce à la pugnacité d’un seul homme: Léonard Gianadda. «Le plus spectaculaire dans tout ça, ce sont les liens qu’il a su tisser à l’international», souligne Fabian Claivaz. Ce sont eux qui lui ont permis de réaliser ses rêves les plus fous, comme obtenir en prêt, l’année dernière, Impression, soleil levant, l’œuvre de Claude Monet qui a donné son nom à l’impressionnisme.

«La Fondation, c’est son œuvre. Il prévoit tout, il prépare tout. En vérité, il fait tout», reconnaît Fabian Claivaz. Léonard Gianadda est omniprésent, même omnipotent au sein de l’institution. Mais, à 83 ans, il n’est pas immortel. Et à l’heure où la Fondation souffle ses 40 bougies, la question de son avenir se pose. «Appelez Madame Soleil si vous voulez une réponse à cette question», rigole Fabian Claivaz. «Posez-lui la question directement», renchérit Esther Waeber-Kalbermatten, la conseillère d’Etat valaisanne chargée de la Culture. Le sujet semble tabou. «Léonard Gianadda ne souhaite pas l’aborder et je le comprends. L’essentiel est ce qu’il a apporté et ce qu’il apportera encore», explique Jean-Henry Papilloud.

Après la locomotive

Il avait pourtant évoqué le sujet dans une interview au magazine Bilan en 2011. L’octogénaire, qui n’a pas souhaité répondre à nos questions, affirmait qu’il n’y aurait pas d’après-Léonard Gianadda. Jean-Henry Papilloud ne le pense pas. «La Fondation ne doit pas disparaître, nuance-t-il. Il lui manquera son moteur principal, on ne peut pas le nier, mais les trains suisses n’ont pas qu’une locomotive», sourit-il.

Fabian Claivaz reconnaît que «Léonard Gianadda n’a certainement pas envie d’imaginer que quelqu’un le remplacera peut-être un jour», mais le directeur de Martigny Tourisme ne craint pas pour autant de voir disparaître la Fondation: «Léonard Gianadda a déjà légué quelques immeubles pour assurer son fonctionnement. Je suis persuadé qu’il a prévu quelque chose pour l’avenir.»

A court terme, tout est déjà organisé. Les œuvres de Pierre Soulages, actuellement exposées à la Fondation, céderont leur place dès février prochain à celles de la collection Ordrupgaard, constituée de leur vivant par Wilhelm et Henny Hansen, un couple danois féru d’art. «Léonard a bouclé les projets jusqu’en 2020 et même au-delà», souligne Jean-Henry Papilloud.

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Un public qui ne se renouvelle pas

Cet été, dans L’Illustré, Léonard Gianadda précisait sa pensée en expliquant que ses dires de 2011 ne signifient pas que la Fondation disparaîtra avec lui, mais qu’elle sera confrontée à de nouveaux défis «qui jettent beaucoup d’incertitude sur l’avenir». Il évoquait notamment le vieillissement du public, qui ne se renouvelle pas. Ces défis, ce sont peut-être d’autres personnes qui devront les relever. A commencer par les enfants de Léonard Gianadda? «Pourquoi pas, répond Jean-Henry Papilloud. Plusieurs de ses proches siègent au conseil de la Fondation.»

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