C'est à l'heure actuelle le projet de mécénat privé le plus important en Europe. Et il est porté par une Bâloise qui a grandi en Carmargue, Maja Hoffmann, l'une des héritières de l'empire pharmaceutique Hoffmann-La Roche. La fondation culturelle de Maja Hoffmann, Luma, est basée en Suisse alémanique. Luma soutient des artistes, mais aussi des institutions comme les Kunsthalle de Zurich et Bâle, le Fotomuseum de Winterthour ou le nouveau Musée d'art contemporain de New York. Très active dans la défense de la Camargue (ses parents ont créé dans les années 50 une réserve naturelle dans la région), Maja Hoffmann apporte également son aide au plus ancien et réputé festival de photographie au monde: les Rencontres d'Arles.

Mais le projet, ou plutôt le plan directeur dévoilé hier, à l'occasion du coup d'envoi de la 39e édition du festival, relève d'un mécénat d'une tout autre ambition. Il s'agit d'un parc culturel de quinze hectares, centré sur la photographie et l'image contemporaine. Même l'architecte septuagénaire Frank Gehry (Musée Guggenheim de Bilbao), chargé de superviser le projet, et présent hier à Arles, n'a jamais rien vu de tel dans sa carrière. Le parc des Ateliers est une friche industrielle jalonnée d'anciens dépôts d'entretien de la SNCF. Une poignée de bâtiments ont été rénovés, d'autres se laissent transpercer par le mistral depuis des lustres.

Présenté par Maja Hoffmann comme une «utopie culturelle», le futur parc des Ateliers réunira d'abord des institutions déjà établies sur place dans l'ancien bâtiment de mécanique générale, la grande halle ou les forges. Les éditions arlésiennes Actes Sud s'y installeront, comme l'Ecole française de photographie. Il y aura aussi des cinémas, des restaurants, un hôtel, des habitations, des commerces. Des jardins relieront les divers éléments construits de ce campus ouvert sur trois côtés, qui se voudra aussi un espace vert offert aux Arlésiens. La fondation suisse Luma fera (dé) construire par Frank Gehry son propre bâtiment sur le site. A mi-chemin entre un musée traditionnel de la photo et le Schaulager de Bâle (financé par la famille Hoffmann), l'édifice de 6000 m2 comprendra des salles pour des expositions temporaires, des résidences d'artistes, des ateliers, un restaurant avec vue sur le Rhône et la Camargue. Comme le Schaulager, il se consacrera aussi à la conservation et au travail scientifique sur des collections d'œuvres, en l'occurrence celle de Maja Hoffmann. Il en coûtera 60 millions d'euros pour ce seul musée. La somme dédiée à l'ensemble du projet, qui devrait être achevé en 2011, n'est pas connue. Mais elle devrait sans doute dépasser les 100 millions d'euros.

La fondation suisse Luma ne supportera toutefois pas seule la réalisation et la bonne marche du parc des Ateliers. La Ville, la région provençale et l'Etat français devront eux aussi financer ce parc culturel. Mais les «utopies culturelles» ne sont pas vraiment la tasse de thé de l'actuel gouvernement français et Arles est aussi connue pour la pauvreté de ses finances publiques. Des questions demeurent donc sur la faisabilité réelle de ce beau projet, et sur sa pérennité institutionnelle. Autant de doutes qui ne transparaissaient pas hier sur le visage de la mécène bâloise, convaincue de mener à bien son centre international de l'image photographique.