Musique

Le For Noise Festival débranche définitivement ses amplis

Ce samedi a lieu la 20e et ultime soirée de la manifestation créée à Pully en 1997. Les groupes vaudois The Giant Robots, Chewy et Anaemia seront de la fête, avant la venue, en guise de derniers invités, des Belges de Ghinzu

Depuis quelques jours, chacun y va de son souvenir ou anecdote. Le For Noise Festival de Pully a vécu, et avant de lui dire définitivement adieu à l’occasion d’une 20e et ultime édition qui se déroule ce samedi sur une seule soirée, les innombrables groupes tant régionaux qu’internationaux qui s’y sont produits depuis 1997 reviennent en mémoire.

Tanguy Ausloos, batteur du groupe de garage rock The Giant Robots, se souvient par exemple de la venue du duo Lamb, qu’il avait quelques années auparavant fait venir à la Dolce Vita, club lausannois condamné en 1999 et dont il avait été l’un des programmateurs emblématiques.

C’était en 2003, et les Anglais avaient offert au public du For Noise une performance à l’énergie punk incroyable, alors que leur électro tient plus du trip-hop envoûtant que du rock bruitiste. Soudainement, la chanteuse Lou Rhodes se lance dans un morceau a cappella. Tanguy Ausloos se rappelle du silence qui régna alors devant la Grande scène. Plus un bruit, un respect absolu. Il en a encore des frissons.

Gregory Wicky, chanteur et guitariste de Chewy, ne s’est quant à lui toujours pas remis de la venue de Dinosaur Jr. en 2005. Le trio américain venait de retrouver sa configuration originelle des années 1980, et n’avait guère en tête, ce soir-là, de respecter la législation en matière de décibels. «Méchamment fort», voilà comment Gregory Wicky qualifie le concert d’un groupe dont on retrouve l’influence dans sa musique.

Intense Patti Smith

De son côté, Philippe Pellaud se remémore plutôt une rencontre. Anciennement chanteur du groupe pop Anaemia, celui qui s’est ensuite fait connaître sous le nom de Kid Chocolat avait invité le Français Luz, en 2006, à venir jouer au DJ à ses côtés.

La soirée fut mémorable et marqua le début d’une solide amitié entre le musicien romand et le dessinateur de «Charlie Hebdo», journal qu’il a quitté l’an dernier, quelques mois après les attentats de janvier 2015. Et c’est encore au For Noise, en 2011, que les deux complices choisirent de dévoiler leur projet The Scribblers, une manière pour Luz de rendre hommage à l’un de ses groupes préférés, The Fall… passés par Pully l’année précédente.

La liste des concerts qui ont fait la réputation du festival vaudois, open air à taille humaine et à la programmation classieuse, entre grands noms de la scène alternative et découvertes, est longue. Impossible tout d’abord de ne pas citer la venue de Patti Smith en 2012, qui a profité de la proximité offerte avec le public pour proposer une performance d’une rare intensité.

Calexico, Pink Martini, Yo La Tengo, Thurston Moore, Jarvis Cocker, dEUS, Mercury Rev, Arno, M83, The Streets, Wire, Eels, Blondie et tant d’autres: difficile de se rappeler de tous les groupes qui se sont produits au For Noise. Ce soir, tout le monde y ira assurément de sa madeleine personnelle.

Crise du disque

Cofondateur et directeur du festival, Olivier Meylan vibre encore de la double venue des Ecossais de Franz Ferdinand, en 2013 puis l’an dernier, associés au cultissime duo américain Sparks. Le For Noise, il l’avait d’abord créé comme un événement unique destiné à célébrer en grande pompe le cinquième anniversaire de l’Abraxas, un club ouvert chaque week-end dans le Refuge des Quatre-Vents.

La petite salle fermera finalement ses portes quelques années plus tard, tandis que le For Noise deviendra au fil des éditions un rendez-vous incontournable pour les amateurs de rock, pop et électro. Avec parfois aussi des incursions remarquées dans le hip-hop et le jazz.

Mais voilà, depuis maintenant plus de dix ans, la crise du disque a mis à mal l’industrie musicale, poussant les artistes à donner plus de concerts pour survivre. En découle une incessante hausse des cachets, un nombre croissant de festivals en Suisse comme ailleurs dans le monde, d’où la difficulté, pour les programmateurs, de dénicher des exclusivités leur garantissant un taux de remplissage à même de pérenniser leur événement.

Déficit en 2015

L’an dernier, malgré des conditions météorologiques optimales, le For Noise a essuyé une perte de 100’000 francs. Ce n’est pas la première fois qu’il se retrouvait dans le rouge. Trop modeste pour appâter de grosses stars, mais trop grand pour se contenter de groupes ultra pointus, il annonçait alors par la voix d’Olivier Meylan qu’il allait tirer la prise lors d’une soirée unique. Le 20 août 2016, pour ses 20 ans.

A 4 heures du matin, au moment de fermer les portes du site une dernière fois, la mélancolie étreindra plus d’un festivalier. Sans parler des bénévoles sans lesquels le For Noise n’aurait même pas atteint l’âge adulte. Mais auparavant, la soirée aura probablement été belle. Avec un show que l’on espère sauvage des Belges de Ghinzu, et avant eux une triplette de groupes vaudois qui étaient de la partie lors des deux premières éditions.

The Giant Robots, Chewy et Anaemia laissent augurer un grand moment, entre garage déjanté, rock mélodique et britpop. Tanguy Ausloos, Gregory Wicky et Philippe Pellaud monteront une dernière fois sur la scène d’un festival dont ils ont accompagné l’histoire en tant que musiciens mais aussi fidèles spectateurs. Et tandis que les Giant Robots sont toujours en activité, Chewy et Anaemia se reforment pour l’occasion. «Souvenirs, souvenirs, je vous retrouve dans mon cœur», chantait l’autre…


Goodbye For Noise, Pully, samedi 20 août. Portes 16h, concerts dès 17h. www.fornoise.com

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