Critique: La chemise de Jean-Louis Murat. Une sorte de tissu polaire, en lignes tristes, flocons de neige et carreaux qui flanchent, la mode agricole à son paroxysme. Il est coincé sur le bord de la scène. La guitare en bataille. Ils ont rangé des projecteurs pour éclairer les longs arbres de ce bois pulliéran. On dirait un opéra amazone, par vent frais. Le festival For Noise, vendredi, rien ne vaut le rock pour réchauffer.

Murat ouvre le bal. Un bal tragique, hanté de part en part, pas un mouvement dans la foule éparse. Chacun est sidéré. Murat est un Auvergnat qui ne daigne sortir de chez lui que pour faire la gueule. Il a invité des petits gars de Clermont-Ferrand, The Delano Orchestra, ils alternent chansons d’eux, chansons de lui. Avec la même concentration lyrique: le lent atterrissage d’une navette alimentée au colza. Un bugle dans le fond du son. Et puis la voix de Murat, son seul charisme, d’un vibrato tellurique.

Ils ne sont pas là pour la bonne humeur. Elle est ailleurs. Au long de ce festival forestier, déambulatoire, où l’on sert du vin dans des verres à pied et où l’on recharge les toilettes de copeaux. L’altermondialisme numérique de cette tente muette où des jeunes gens dansent, casques scintillants aux oreilles, sur une musique électro que seuls eux entendent. Un festival de niche, territoire minuscule conquis par les tribus de nuit. Comme cette scène adjacente, l’Abraxas, où des cheveux tortillés s’agitent.

Le plafond de béton est particulièrement bas. Si l’on s’adosse au mauvais endroit, on risque d’allumer les néons. Petit club moite, Duck Duck Grey Duck en a presque fini de son rockabilly surfé, plein de chabadas et d’odeur. Le groupe de Robin Girod, membre hirsute de Mama Rosin , a des arguments: le meilleur batteur de ce côté-ci du Rhône, Nelson Schaer, t-shirt de Sun Ra, gros tambours ajustés comme les métronomes d’un galérien. Ce trio pas prétentieux gigote sur des guitares antiques et des basses huileuses. On dirait le Sud. Il fait chaud enfin.

Et puis, avant Kaiser Chiefs , For Noise a l’idée d’installer un groupe américain. Other Lives . De la musique de chambre pour neurasthénique en rémission. Des cordes, de lourdes basses, plein d’instruments qui dressent le tapis pour un décor de périphérie. Ils font leur cinéma. On est là pour ça. Dans cet infime For Noise qui, pendant trois jours, est parvenu à nous guérir d’un été qui n’a pas eu lieu.