«Petit matin. Grande journée!» «Petit cartable. Grande école.» «Grande serviette. Petite tâche.»

D’une double page à l’autre, une journée à hauteur d’enfant s’écrit, péripétie après péripétie, cause avant effet, et à chaque étape ce jeu entre le «petit» et le «grand», entre le dérisoire et l’important, l’anodin et le remarquable…

L’enfant se réveille, arrive en classe, écrit, joue, mange, dort, retrouve sa maman. Géraldine Collet raconte cela sans verbe, à l’aide de deux adjectifs et deux noms, autrement dit avec une économie de moyens et un côté répétitif qui ne peuvent qu’enchanter les plus jeunes, ceci d’autant plus que l’illustration, elle, se permet des folies!

Coups de pinceaux ébouriffants

La douceur de l’aquarelle se fait éloquence, exubérance, pour mieux montrer l’imaginaire de l’enfant, son enthousiasme, sa fierté, ou simplement sa façon de considérer la vie.

Dans son monde à lui, il n’y a pas de petits événements, uniquement de grandes aventures, d’intenses émotions, que le duo d’artistes qui se fait appeler Kerascoët trace à coups de pinceaux tendrement ébouriffants.


«Petit Tom s’ennuie. Et Monsieur Emile qui lit au lieu de jouer avec lui! Heureusement, Petit Tom trouve un crayon, et se met à dessiner des boucles et des boucles; elles deviennent ressors, ailes, maisons, mais soudain Petit Tom appelle au secours, il est tout emmêlé!»

Balade onirique

A partir de là commencent de très douces pages sur la complicité entre Petit Tom et Monsieur Emile: ce dernier entre dans le jeu, démêle les fils avant de les tricoter et de continuer la balade onirique, poétique, entreprise par son petit compagnon. Ce qui est inventé est aussitôt rendu réel, et c’est sur le même registre totalement imaginaire que l’adulte répond à l’enfant, donnant une matérialité à ses élucubrations.

Très joli duo que ces deux-là, imaginés par Anne Isabelle Le Touzé: humains dans leur comportement mais d’apparence un peu incertaine, leur complicité est un éloge de l’inventivité. Mais aussi, mais surtout un hymne à l’univers enfantin, valorisé par un Monsieur Emile qui s’y trouve finalement comme un poisson dans l’eau.

Répétitifs juste ce qu’il faut, et minimalistes de même, textes et dessins enchantent le monde en le réinventant, en méconnaissant des frontières que les enfants eux-mêmes adorent ignorer.


Géraldine Collet, «Petit cartable. Grande journée», illustr. de Kerascoët, Albin Michel jeunesse. Dès 5 ans.

Anne Isabelle Le Touzé, «Monsieur Emile et Petit Tom», Pastel. Dès 4 ans.