Star Wars

Que la Force soit avec les jeunes et les vieux: un «Star Wars» tout à fait réussi

Le film le plus attendu de tous les temps déferle sur les écrans. Réalisé par J.J. Abrams, fantasmé par des millions de fans, «Episode VII - Le Réveil de la Force» convoque les icônes et imagine de nouveaux personnages dans un exercice tout à fait réussi

C’était il y a trente-deux ans, dans le temps réel (1983) comme dans celui de la fiction (an 4). L’Etoile de la mort était détruite, l’Empereur maléfique et Darth Vader avaient péri, Han Solo et Leia convolaient et, sur la lune d’Endor, les Ewoks dansaient de joie. La conclusion de Retour du Jedi promettait des lendemains qui chantent. Mais si la saga galactique de George Lucas se réclame du conte de fées, elle en récuse le happy end pour se souvenir avec Albert Camus que «le bacille de la peste ne meurt jamais». La démocratie n’est jamais acquise, le fascisme croît toujours.

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Aux chevaliers Sith jadis, à l’Empire naguère, a succédé le Premier Ordre, un régime totalitaire au sommet duquel trône le Suprême Leader Snoke. Il a pour séides le général Hux (Domhnall Gleeson), un militaire qui braille des discours haineux dans des cérémonies nurembergiennes, et Kylo Ren (Adam Driver), un moine soldat qui vénère le côté obscur de la Force, manie le sabre laser à garde cruciforme et voue un culte à la figure ancestrale de Darth Vader.

«Il y a un déséquilibre dans la Force», observe Lor San Tekka (Max Von Sydow). Le vieux confie à Poe Cameron (Oscar Isaac), le meilleur pilote de la Résistance, une clé USB contenant l’adresse du seul homme capable de ramener la paix: Luke Skywalker, le dernier des Jedi, parti il y a longtemps se perdre aux confins de la galaxie.

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«Mauvais pressentiment»

Désigné pour réaliser le premier épisode de la troisième trilogie de Star Wars, J.J. Abrams (Lost, Fringe à la télévision, Star Trek et Super 8 au cinéma) devait résoudre cette quadrature du cercle qu’est l’innovation dans la continuité. Car un rien n’est plus réactionnaire qu’un fan, un simple batracien à oreilles suffit à provoquer chez lui de flamboyantes apostasies. Le cinéaste s’acquitte avec brio de son mandat. Star Wars: Episode VII – Le Réveil de la Force, le film le plus attendu de tous les temps, perpétue la tradition et procède à de sympathiques mises à jour.

Les figures obligées sont respectées. Le plan d’ouverture est forcément celui d’un vaisseau spatial (une gigantesque pyramide noire occultant une planète) et c’est à Han Solo que revient le privilège de prononcer la phrase rituelle: «J’ai un mauvais pressentiment». La structure narrative se calque sur celle d’Un Nouvel Espoir (1977): un message capital est confié à un astro-droïde. Il échoit à Rey (Daisy Ridley), une jeune fille sans avenir sur une planète désertique. Entraînée dans une aventure interplanétaire, elle rejoint les rangs de la Résistance et découvre la Force en elle. Quant au Premier Ordre il règne depuis un satellite sphérique, le Starkiller, et a mis au moins une arme supraluminique. 

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R2-D2 en veille

L’épisode s’apparente à une visite à la brocante. On y déniche des reliques du passé, grandioses (le sabre de Luke) ou ridicules (l’échiquier holographique du Faucon Millenium). On retrouve de vieilles connaissances, comme Han Solo et son dévoué compagnon, Chewbacca, le wookie velu, mais aussi Leia Organa (Carrie Fisher), cheffe de la Résistance, et les droïdes. Ces icônes sont joyeusement réactivées. Lorsque Han retrouve Leia, il lui lance plaisamment «Tu as changé de coupe de cheveux». Elle a effectivement renoncé à ses escargots emblématiques.

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Leia a 59 ans, Han 73. La vie ne les a pas épargnés. Ils n’ont pas vécu très longtemps et très heureux ensemble, ni eu beaucoup d’enfants: juste un fils, maintenant adulte, qui leur donne bien du souci. CP30 a perdu son bras gauche; R2-D2 s’est mis en veille depuis que Luke Skywalker a disparu. Seul Chewie n’a pas pris un poil blanc.

Momie géante

Par-delà la nostalgie, Le Réveil de la Force réussit à vivre à travers de nouveaux acteurs. Aux côtés de Rey, la pilleuse d’épaves promise à un grand destin, combat Finn (John Boyega), un jeune Stormtrooper qui a déserté. Il est le premier de ces soldats d’élite dont on découvre le visage sous un casque strié de sang. Ces deux débutants ont de l’énergie, de la grâce, de la malice: ils s’accordent à merveille avec Solo et Chewie. Quant à BB-8, l’astro-droïde sphérique, il est irrésistible. Ses gazouillis électroniques sont un peu plus articulés que ceux de R2-D2.

J.J. Abrams est sans doute meilleur cinéaste que ses prédécesseurs sur Star Wars(George Lucas, Irvin Kershner, Richard Marquand) et Le Réveil de la force profite de son talent. L’épisode s’avère moins puéril, moins kitsch, moins Muppet’s Show que les précédents. Hormis une séquence dûment référentielle dans le bouge de Maz Kanata, les créatures xénomorphes ne pullulent pas et s’imposent par leur pesanteur animatronique. Du côté des réalisations numériques, il faut signaler deux réussites: le Suprême Leader Snoke (Andy Serkis), qui évoque quelque momie géante de souche alien, et Maz Kanata (Lupita Nyong’o), qui ressemble au croisement d’E.T. et d’un champignon, avec de grosses lunettes…

Echeveaux de tentacules

Produit irréprochablement calibré, Episode VII garantit les quotas d’action et d’humour. Avec des dérives space op savoureuses (ces trois écheveaux de tentacules autour d’une gueule vorace qui donnent du fil à retordre à Han Solo) et des plongées freudiennes dans l’inconscient. De toute façon, Star Wars relève moins du cinéma que de la mythologie. Quand Han Solo explique aux jeunes que la Force, les Jedi ne sont pas des légendes, quand, mélancolique, il dit qu’il a connu Luke Skywalker, il se réfère autant à l’ordre de la galaxie très lointaine qu’à la mémoire collective de la planète Terre. C’est véritablement émouvant.

Au gré des bandes-annonces savamment distillées par Lucasfilm, Le Réveil de la Force a suscité d’innombrables extrapolations. Celle selon laquelle Luke aurait atteint un tel niveau dans la Force qu’il en a peur semble se vérifier. Certains ont postulé qu’un personnage important disparaîtrait. Ils n’ont pas tort, hélas… D’autres prétendent que la main droite de Luke, tranchée par son père à la fin de L’Empire contre-attaque, aurait dérivé à travers le cosmos, crispée sur le sabre-laser. Cette conjecture n’est pas infirmée: comment l’arme a-t-elle fini dans un coffre de Maz Kanata? Bonne question, apprécie la tenancière. Peut-être y répondra-t-elle dans Episode VIII que tourne déjà Rian Johnson et qui sortira en 2017.

Star Wars: Episode VII – Le Réveil de la Force (Star Wars: The Force awakens) de J.J. Abrams (Etats-Unis, 2015), avec Daisy Ridley, John Boyega, Oscar Isaac, Adam Driver, Harrison Ford, Peter Mayhew, Carrie Fisher, Mark Hamill, 2h15.

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