Il n’est pas sûr que les parois sombres et les spots puissants qui en arrachent les œuvres contribuent à rendre justice aux peintures de Gérard Schneider, exposées jusqu’au printemps à la Galerie Artvera’s à Genève. Cette œuvre est si puissante en soi que ces effets «muséographiques» suscitent la gêne, du fait de leur caractère redondant. Il faut alors faire un effort pour retrouver Gérard ­Schneider dans sa simplicité, sa modestie et toute la rigueur qu’il apportait à l’expression et au lyrisme de son abstraction.

Datées de la période comprise entre 1945 et 1975, les pièces montrées appartiennent à la maturité. Né en 1896 à Sainte-Croix, fils d’un ébéniste et antiquaire, Gérard Schneider part étudier à Paris, où il se fixe en 1922. Considéré comme l’un des maîtres de l’abstraction lyrique après la Seconde Guerre, il participera aux Biennales de Venise et de São Paulo, ainsi qu’à la Documenta de Cassel. Naturalisé Français, il mourra à Paris en 1986.

Reconnu au Japon

Après une première période figurative, aux accents surréalistes, comme le démontrait la rétrospective neuchâteloise de 2011, l’artiste se fait, dès la fin de la guerre, l’interprète des tensions, entre espoirs et traumatisme. A l’instar de Georges Mathieu ou de Hans Hartung, il privilégie de larges coups de brosse, une couleur vive et contrastée, des fonds d’un bleu pacifié, par exemple, sur lesquels intervient une gestuelle dont la spontanéité ne contrevient pas à ce qui ressemble à une chorégraphie. Les amateurs japonais ne s’y sont pas trompés, qui ont reconnu dans cette œuvre des références à la calligraphie orientale, ou sa traduction.

Une quarantaine de compositions sont visibles dans les vastes locaux de la galerie genevoise. Sous-titrée «L’abstraction lyrique comme ascèse», l’exposition manque de ligne directrice, mais elle a l’avantage de laisser toute liberté au spectateur, qui mesurera la distance entre la Composition 376 , grande huile cubiste de 1948, et telle non moins grande peinture de la fin des années 50 ou du début des années 60, comme estampée de tracés noirs, plus ou moins rectilignes ou au contraire courbes et noués.

Galerie Artvera’s (rue Etienne-Dumont 1, Genève, tél. 022/311 05 53). Lu-ve 9h30-12h30 et 14-19h, sa 11-17h. Jusqu’au 22 mai.