La commune de Meyrin avait pris l’initiative, mardi, d’une soirée peu commune. Elle avait ouvert une séance de sa commission culturelle aux autres élus, et même à la presse, pour une soirée centrée sur le Théâtre Forum Meyrin. Mathieu Menghini, directeur du Forum, et son équipe étaient là pour défendre le théâtre face à des attaques lancées en plénière cet automne. Les attaques étaient publiques, il fallait faire la vérité en public.

Monique Boget, conseillère administrative en charge de la culture (socialiste, elle partage l’exécutif avec un radical et un démocrate-chrétien), a d’abord rappelé avec clarté les grands principes qui soutiennent la politique culturelle meyrinoise. Dominique Rémy, cheffe du Service culturel, qui a travaillé des années au Forum, a détaillé cette politique.

Contrôle serré des charges

Puis on entre dans le cœur du sujet. Mathieu Menghini lance un véritable show multimédia pour répondre aux attaques (comptes non maîtrisés, manque de clarté des missions, élitisme de la programmation…). Le directeur du ­Forum Meyrin n’est pas un bleu en politique. Il a siégé pendant sept ans au législatif neuchâtelois. Il commence par demander à son administrateur, Laurent Giesler, de présenter les comptes.

Les tableaux fusent. Il en reste quelques chiffres. Qui, au final, rassurent. Pas de déficit, un contrôle serré des charges, des recherches fructueuses d’autres revenus que la subvention communale, pour un budget qui passe, hausse des coûts oblige, de 2,35 à 2,68 millions de francs entre 2008 et 2009. Et cela pour un programme fastueux, et une fréquentation de quelque 40 000 spectateurs que ne dépasse à Genève que le Théâtre Am Stram Gram (sans même compter les expositions, débats et autres goûters des sciences).

Forum étaie encore. Ushanga Elebe, chargée de communication, montre les trois classeurs d’articles de presse. Mathieu Menghini définit sa notion du populaire, qui se raccroche à l’étymologie populus, l’ensemble des citoyens plutôt qu’à celle de plebs, plus méprisante. Il cite le libéral suisse Cottu ou de Gaulle plus encore que le communiste Jacques Rallite ou Roland Barthes. Thierry Ruffieux, chargé des activités jeune public, dit ses petits bonheurs de faire vivre la culture aux enfants.

Deux récalcitrants

Puis on passe aux questions. Et là, deux élus défendent leur idée du populaire. Jean-Philippe Ulliger, indépendant, explique que «la population meyrinoise n’est pas le haut du panier», que, abonné, il n’arrive plus à choisir des spectacles «pour se divertir, pas pour réfléchir». Didier Schweizer, UDC, veut, lui, des spectacles rentables. c’est-à-dire qui remplissent la salle, comme Marie-Thérèse Porchet par exemple. «J’ai gardé la salle comme pompier volontaire jusqu’en 2006. Certains soirs, il aurait fallu avoir tirer dix bedots pour y comprendre quelque chose».

Il est bientôt 22h. Les élus réagissent à peine à ces deux minoritaires. Comme si c’était peine perdue. Ils laissent Mathieu Menghini répéter encore sa défense du populaire. «Je suis fils d’ouvrir métallurgiste. Dans ma famille, le populaire, c’était Dario Fo plutôt que Marie-Thérèse.»