En 1996, deux ans après la disparition de Kurt Cobain et l’évaporation progressive du mouvement grunge qui avait placé la région de Seattle sur la carte du rock, c’est de la côte Est des Etats-Unis que nous parvenait un album instantanément séduisant, et dont les mélodies restent aujourd’hui encore de douces madeleines. Fountains of Wayne, premier album du groupe éponyme, avait lors de sa sortie remporté un succès d’estime et n’avait guère quitté les cercles des amateurs de rock indépendant. Ce n’est qu’en 2003, avec leur troisième album (Welcome Interstate Managers), que les New-Yorkais se feront connaître d’un plus large public.

Le 1er avril 2020 restera, dans un monde marqué par la pandémie, comme celui où personne n’avait vraiment envie de rire. D’autant plus que c’est aussi ce mercredi-là qu’Adam Schlesinger, cochanteur et bassiste de Fountains of Wayne, décédait à l’âge de 52 ans du Covid-19 dans un hôpital. Réécouter le premier album du groupe qu’il avait fondé avec son pote d’études Chris Collingwood permet de saluer à sa juste valeur son génie mélodique. Alors que le grunge avait imposé des guitares lourdes, un son moite, Schlesinger proposait une musique solaire, un «power rock» combinant la virtuosité harmonique des Beach Boys et la sensibilité mélodique des Beatles et des Kinks, sur fond de guitares affûtées et de batterie binaire.

Derrière le discret Schlesinger, qui n’est jamais devenu la rock star qu’il aurait dû être, se cachait un compositeur dont le talent a en revanche été rapidement reconnu par les professionnels. En 1996 déjà, il composait la chanson-titre du film That Thing You Do! interprétée par le groupe fictif The Wonders, emmené par Tom Hanks. Tout en formant en parallèle un autre groupe, Ivy, il écrira des morceaux pour des longs métrages aussi populaires que L’Age de glace ou Le Come-back, tandis que de nombreux films (Mary à tout prix, Scary Movie) et séries (Gilmore Girls, Les Frères Scott, Veronica Mars) puiseront pour leur bande-son dans le catalogue de Fountains of Wayne.

Fountains of Wayne, «Fountains of Wayne» (TAG Recordings, 1996). Disponible sur les plateformes d’écoute en ligne.


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