enfants

Fragments amoureux

Géraldine Alibeu revient d’une résidence d’écriture avec un grand et bel album que complète, sur le même thème de l’amour et du morcellement, un film d’animation

Genre: Livre et DVD
Qui ? Géraldine Alibeu
Titre: Les Morceaux d’amour
Chez qui ? Autrement Jeunesse. Dès 7 ans et pour tous

Le livre tout d’abord: d’un format très généreux, sa couverture attire l’œil d’une part par sa sobriété, et d’autre part car le seul humain qui y figure a une jambe de bois. Bras écartés, écharpe volant au vent, il semble parfaitement heureux. A ses côtés, un renard – qui a sûrement lu Saint-Exupéry – regarde dans la même direction que lui.

Hormis l’écharpe, les seuls mouvements proviennent l’un d’un lièvre, surpris en plein saut et en plein étonnement (mais on ne sait si c’est à cause de l’homme ou du renard), et l’autre d’une lettre, le «o» de ces Morceaux d’amour qui sont le titre de l’ouvrage. Un «o» d’un bleu à peine plus clair que les autres lettres, posé là à peine plus haut, à peine de travers. Et qui nous tranquillise. Qui dédramatise.

Parce que l’histoire en elle-même est tragique. Un homme revient de la guerre, il y a perdu un bras, un œil, une jambe. Et pourtant une jeune fille tombe amoureuse de lui «au premier regard». Elle lui écrit une lettre d’amour «et comme il n’y a pas d’amour sans preuve», elle se coupe un bras et le glisse dans l’enveloppe. Puis ce sera des cheveux, un œil. L’homme retrouve le goût de vivre, tout lui semble beau, jusqu’à cette jeune femme si mal en point qu’il croise un jour.

Cette histoire a la puissance évocatrice des grandes allégories; l’amour fou, le don de soi, le «morcellement existentiel» de l’homme, la beauté aperçue au-delà des dictats sociaux, la complétude retrouvée sont exprimés ici avec une force et une douceur magnifiquement dirigées. Il ne s’agit pas uniquement de parvenir à dépasser les apparences, le bras offert ne vient pas simplement remplacer le bras absent, il s’agit plutôt du bonheur d’être en vie et de recevoir de la tendresse.

Les images de l’auteure, elles aussi composées de matières découpées, de silhouettes raccommodées, servent magnifiquement son propos.

L’album cache un DVD où l’on peut voir un court film d’animation réalisé également par Géraldine Alibeu. Sorte de «variation sur ce même thème» (on y retrouve le motif de la guerre, des morceaux de corps qui demandent à se reconstituer), le scénario est cependant différent. Sans musique et sans paroles, mais avec des bruitages, l’impression en est plus sombre, ce qui n’enlève rien à la beauté de cette version animée, qui offre un écho ou un prolongement intéressant à la lecture de l’album.

Publicité